Liège-Guillemins, grandeur et légèreté
Spectaculaire. La cité ardente abrite une gare à la mesure du tempérament local, alliant l’esprit latin et le réalisme germanique voisin. Des "courbes féminines", selon les mots de son architecte espagnol, Santiago Calatrava, s’élancent des pieds de la colline de Cointe pour former une voûte d’arcs et faire de cette gare un spectacle permanent. Le dôme de verre et d’acier surplombant l’ensemble est la traduction directe d’une épure architecturale. Il est flanqué, à l’entrée et à l’arrière, de deux "casquettes" — dixit Santiago Calatrava — qui en font rebondir les formes.
On aime ou pas la nouvelle gare, mais il est deux choses sur lesquelles les Liégeois sont critiques, c’est le prix élevé de l’œuvre, 436 millions d’euros. Et le temps qu’il a fallu pour l’ériger, une douzaine d’années. "Ceux qui nous reprochent que la construction a duré deux ans de trop oublient que, durant ce temps, le trafic ferroviaire n’a jamais été interrompu. Pas un seul jour. Ce qui est un exploit" réplique Louis Maraite, porte-parole de SNCB Holding.
L’ancienne gare de 1958 était devenue obsolète. Ses quais étaient trop étroits pour accueillir les 36.000 voyageurs quotidiens et les TGV reliant la Belgique à l’Allemagne. Le bâtiment central était bourré d’amiante, ses vitres étaient noircies et ses allées cafardeuses. En face, les tripots attiraient les voyageurs égarés mais aussi la petite criminalité et la prostitution. Ils sont aujourd’hui fermés.
La gare de Calatrava est tout ouverte à la lumière. Ses espaces élancés et ses arcades orientales lui confèrent un air de cathédrale. Le voyageur passe sous de véritables nefs pour accéder aux quais, là où vingt ans auparavant, il côtoyait des pavés jaunis par le temps. C’est en s’inspirant de son travail à Liège que Santiago Calatrava compte bâtir la future gare de Ground Zero, à New York.
"La structure aérienne a été bâtie pour donner une impression de grandeur et de légèreté" explique Michel Vanderlinden, ingénieur principal adjoint chez SNCB Holding. Le dôme compte 32.000 m² de vitres. Pas facile à entretenir. "Nous utilisons une nacelle pour laver les vitres de l’intérieur, tandis que la pluie fait le reste à l’extérieur. Une firme doit être désignée en septembre pour un premier lavage, Les équipes de nettoyage devront recourir à des techniques d’alpinisme." L’opération devrait coûter 150.000 euros par ans.
Symétrie
A l’intérieur, les murs sont immaculés. Pas une seule publicité n’est en vue. Pas un seul graffiti, non plus. Etrangement, les "graffeurs" ont épargné la nouvelle gare.
Un principe règne en maître: la symétrie. "Les deux casquettes prolongeant le dôme sont identiques. Elles ont été posées au même moment pour ne pas déséquilibrer la structure" précise Michel Vanderlinden. Le hall, au niveau 0, est flanqué d’alcôves toutes semblables, dédiées aux commerces. Dans l’une, une odeur de cuisine trahit la présence d’un restaurant. C’est le Grand Café de la Gare, une brasserie design tenue par un vrai chef, Eric Lamarre. "Les commerces ici sont florissants" commente Michel Vanderlinden.
Les deux parkings, construits sur deux étages, sont eux aussi semblables.
La climatisation fut également conçue selon un principe de symétrie. Deux puissantes unités injectent dans le bâtiment 98.000 m³ d’air par heure. La gare est chauffée par deux chaudières à haute performantes qui peuvent subvenir au besoin de 75 maisons.
Plus haut, sur la plateforme routière, la vue vers l’intérieur est époustouflante. L’ensemble architectural tranche avec le vieux quartier des Guillemins qui s’étend au loin. Le contraste est saisissant. La Tour des Finances, remplie d’amiante, sera bientôt démolie pour ouvrir un accès vers la Meuse et le nouveau complexe commercial Médiacité. Une nouvelle tour de 138 mètres devrait être construite par un promoteur. Mais elle est contestée par les riverains, qui lui préfèrent un projet de la SNCB, à taille humaine.
Toujours sur la plateforme, une crèche de 68 lits ouvrira bientôt ses portes. Elle sera réservée en priorité aux enfants du personnel de la SNCB. En contrebas, une piste cyclable longe la gare. Elle reliera bientôt le Ravel au réseau urbain. Un peu plus loin, se trouve la Liège Control Room, le QG "secret" de Securail. Pas moins de 175 caméras surveillent toute la gare. Tous les parkings de la SNCB en Wallonie sont surveillés à partir d’ici.
De l’ancienne gare, il ne reste plus rien. A l’exception du hall principal, qui abrite aujourd’hui un parking pour deux-roues. L’endroit, jadis lugubre, fut immortalisé par les Frères Dardenne dans La Promesse. A côté, intégrée dans la gare, la Maison des Cyclistes propose des réparations et des vélos à louer pour une bouchée de pain.
Les plus lus
- 1 Trump fait vaciller les marchés, Wall Street matraquée
- 2 Les actionnaires de Fortis perdent un procès à 10 milliards d'euros
- 3 Un quart des employés ne charge presque jamais sa voiture électrique à domicile
- 4 Le premier employé belge de Microsoft: "Microsoft gagne aujourd’hui en une heure ce qu’elle gagnait en un an en 1989"
- 5 Frank Vranken (Edmond de Rothschild): "Les investisseurs vont se tourner vers des secteurs plus défensifs"