Mardi, L’Echo et De Tijd, avec le soutien de BNP Paribas Fortis, dévoileront les lauréats des Changemakers Awards. Cet événement annuel met en lumière les entreprises belges qui proposent des solutions innovantes pour lutter contre la crise climatique. Ces champions de la durabilité se distinguent non seulement par leur esprit d'entreprise et d’innovation, mais aussi par leur responsabilité sociétale. Selon Michael Anseeuw, CEO de BNP Paribas Fortis et président de Febelfin, la transition ESG – qui exige d’atteindre les critères minimaux pour l'environnement, la société et une bonne gouvernance d'ici à 2030 – représente un changement fondamental dans notre fonctionnement économique et social.
Le débat évolue d'une discussion purement idéologique vers une approche plus économique et industrielle. Vous partagez ce sentiment?
"Tout à fait. Et c'est la bonne manière de l'aborder. La durabilité doit avoir du sens sur les plans économique et stratégique. Autrefois, l'ESG était associé à une approche plus idéologique; désormais, c'est un outil pour créer de la valeur pour les actionnaires."
"Les grands investisseurs considèrent l'ESG comme un moyen de gérer les risques à long terme et de créer de la valeur. Les entreprises en retirent une stratégie pour accroître leur résilience et maîtriser les coûts futurs. La durabilité est à la fois une nécessité et une opportunité de rendre une entreprise future-proof. Elle est aussi source d'innovation et d'avantage concurrentiel."
Le contexte géopolitique actuel change-t-il la donne?
"L'énergie propre est la seule option judicieuse pour l'Europe. Surtout aujourd'hui, à un moment où nous devons être plus autonomes. Nous ne pouvons rester dépendants des combustibles fossiles provenant de régions qui ne nous sont pas favorables. Il en va de même pour les technologies essentielles."
"En se tournant massivement vers des sources d'énergie comme le soleil, l'eau, le vent et le nucléaire, l’Europe renforce son autonomie énergétique et stratégique."
Choisir l'énergie propre, s'éloigner des combustibles fossiles, c'est aussi choisir une Europe plus forte et plus indépendante.
"À terme, nos entreprises verront leur facture énergétique diminuer, ce qui consolidera leur position concurrentielle. C'est crucial pour défendre nos intérêts économiques dans un monde marqué par des tensions géopolitiques et des évolutions technologiques rapides."
"Nous confirmons notre engagement à aligner nos activités de crédit et d'investissement sur une trajectoire qui permette de financer une économie neutre en carbone d'ici à 2050."
"Ainsi, l’an dernier, notre portefeuille de prêts axés sur la durabilité a augmenté deux fois plus vite que notre portefeuille de crédits traditionnels. Et en réorientant le financement de la production de combustibles fossiles vers des énergies à faible teneur en carbone, nous voulons soutenir et accélérer la transition."
Selon une étude de GraydonCreditsafe, plus d'un quart des entreprises belges ne sont pas du tout prêtes pour cette transition.
"Les banques ont un rôle sociétal majeur à jouer. Chez BNP Paribas Fortis, nous ne nous contentons pas de financer les entreprises: nous les accompagnons et tentons de faciliter leur parcours de transition."
"Notamment pour tout ce qui touche au reporting de durabilité, qui n’a rien de simple. Depuis l'entrée en vigueur à la fin de l'année dernière de la CSRD, la nouvelle directive européenne sur le reporting de durabilité des entreprises, les grandes entreprises sont tenues de rapporter de manière exhaustive sur leurs efforts. Pour ce faire, elles ont besoin de données ESG de leurs partenaires commerciaux, parmi lesquels de nombreux indépendants et PME."
"Pour beaucoup de petites et moyennes entreprises, ce reporting ESG est complexe et chronophage. C'est pourquoi, avec les autres banques belges, nous travaillons au développement d'une nouvelle plateforme numérique où les petites structures pourront partager facilement et en toute sécurité leurs données ESG avec les banques, les gouvernements et d'autres parties prenantes."
"Cette initiative est en ligne avec les dernières décisions de la Commission européenne dans le cadre de l’Omnibus Package. Les petites structures pourront ainsi remplir un seul questionnaire uniforme, au lieu de répondre à des questions différentes pour chaque partie prenante."
"Avec, à la clé, une simplification administrative considérable et une belle économie de coûts. En outre, grâce à cette plateforme, les entreprises bénéficieront d’une meilleure compréhension de leur maturité ESG et des domaines d’action prioritaires."
Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, affirme dans son récent rapport que les besoins d'investissement en Europe sont immenses.
"Selon ce rapport, l'Union européenne devrait investir entre 750 et 800 milliards d'euros par an pour rester au niveau de la Chine et des États-Unis en termes de compétitivité."
"Ces investissements devraient, selon lui, être utilisés notamment pour booster la production et la transmission d'énergie renouvelable, tandis que des changements sur les marchés de l'énergie pourraient aider à réduire la facture énergétique des entreprises et des ménages. Cela stimulerait la compétitivité de l'industrie."
Le secteur financier développe une nouvelle plateforme numérique pour soulager les PME en matière de reporting ESG. Cela devrait leur faire gagner du temps et de l'argent.
"Les banques joueront certainement leur rôle dans ce domaine, mais la réglementation – notamment en matière de titrisation – est aujourd'hui trop stricte. La titrisation relie les marchés du crédit et du capital en transformant les prêts en titres négociables. Elle permet aux banques de libérer du capital pour financer la transition vers la durabilité."
"Les seuls bilans des banques européennes ne suffiront pas. Grâce à la titrisation et à un marché des capitaux plus efficace, l'épargne européenne pourrait être utilisée à cette fin, au lieu de se diriger vers les États-Unis."
"Depuis la crise financière de 2008, de nombreuses améliorations ont été mises en place pour doper la transparence des titrisations. C’est le cas du label européen STS (Simple, Transparent & Standardised)."
"Mais cela reste insuffisant et trop complexe. Le Clean Industrial Deal, un plan d’actions concrètes pour faire de la décarbonation un moteur de croissance pour les industries européennes, est un pas dans la bonne direction. Il contient déjà quelques propositions pour libérer des fonds supplémentaires. L'Europe doit continuer sur cette lancée pour renforcer la compétitivité de nos entreprises et accélérer la transition énergétique."