Les éditions Météores publient un essai critique de la "smart city"
"L’intelligence des villes" de Tyler Reigeluth est la deuxième sortie des éditions Météores, située à Bruxelles. Une brillante démonstration de la vacuité du concept de "smart city".
Au 207 de la rue Blaes, en plein Marolles dans le centre de Bruxelles, on trouve depuis 2020 l’excellente librairie Météores. Les frères Sanli, Renaud-Selim et Timour, y font un important travail de mise en évidence de l’édition indépendante et subversive.
Ces dernières semaines, sur leurs tables, on pouvait par exemple trouver: "Parcours d’insoumis", autobiographie par l’activiste Thierry Müller qui a été de bon nombre de luttes belges francophones méconnues (éditions La Guillotine); ou aux éditions Bandes Détournées, "Koko n’aime pas le capitalisme", BD par le drôlissime Tienstiens qui s’est fait connaître via ses dessins sur Instagram; ou encore "La mise en papa" de Dieudonné Niangouna, puissante fiction dans le Congo des années 1980 et 1990 chez L’œil d’or.
"Ici l’on trouve tant des livres que des moments ensemble."
Une librairie au centre de la société
L’année dernière, les frères Sanli ont poussé un cran plus loin leur engagement en faveur des paroles littéraires iconoclastes et des idées alternatives en fondant une maison d’édition également nommée Météores. La librairie était née d’un manque, celui du livre comme objet politique et vecteurs de liens: "Nous avons l’habitude de traîner dans les librairies de nos villes, mais le livre s’y montre presque trop à sa place, parfois sacré et muséifié, ou alors au contraire, bien trop marchand. C’est pour ralentir le temps et nous voir en dehors de ces catégories que nous avons ouvert la librairie Météores, à la fois librairie, bar, café, salle de projection, salle de concert. Ici l’on trouve tant des livres que des moments ensemble.", expliquent-ils.
Après un premier essai paru fin 2022 ("En finir avec le capitalisme thérapeutique" de Josep Rafanell i Orra), pas étonnant de les voir publier un texte signé Tyler Reigeluth, philosophe et professeur au sein de l’Université catholique de Lille, intitulé "L’intelligence des villes", qui interroge avec finesse et parfois sarcasme le concept de "smart city".
Toutes les intelligences de la ville
Les villes n’étaient-elles donc pas intelligentes avant l’arrivée des acteurs industriels et commerciaux et leur solutionnisme technologique? Exténuées par leur propre pollution, nos villes ne seraient-elles pas en train de s’épuiser de l’intérieur en devenant des théâtres technologiques plus déconnectés et technocratiques que jamais? "L’intelligence est devenue à la fois un mot d’ordre de l’économie de l’innovation et une vertu morale", dénonce l’auteur en s’appuyant sur des théoriciens de la géographie, de la technique ou encore de l’information, des penseurs tels que Roland Barthes ou Michel Foucault mais aussi des romanciers comme Italo Calvino.
On a tout intérêt, en tant qu’habitants et habitantes des villes, de rejoindre Tyler Reigeluth dans ses réflexions, jamais péremptoires, toujours constructives pour mieux habiter, faire valoir nos droits citoyens et ne pas se laisser dépasser par les nuages-mirages ("cloud"): "On peut refuser l’idée selon laquelle tout ce qui demanderait moins d’effort irait plus vite, fonctionnerait tout seul, serait d’office le signe de plus d’intelligence". On opine avec ferveur.
Essai
"L’intelligence des villes: Critique d’une transparence sans fin"
Sortie le 26 mai.
Note de L'Echo:
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