Avec "Radiant Vermin", l'excellence du théâtre anglais foudroie Bruxelles
Humour noir et sursauts s'immiscent au Bridge Theatre, unique théâtre en anglais de Bruxelles. Il présente à la Tricoterie "Radiant Vermin", mis en scène par André Agius, une pièce qui bouscule nos certitudes.
Plus besoin de traverser la Manche pour profiter des talents du West End à Londres. The Bridge Theatre, créé en 2021 par Edward McMillan, est le seul dans la capitale européenne à proposer des pièces en anglais jouées par des comédiens professionnels. Une initiative bien précieuse puisque l'anglais est la deuxième langue la plus répandue à Bruxelles, selon le BRIO – le Centre bruxellois de documentation, d'information et de recherche.
Pour le moment itinérant, The Bridge Theatre s'empare de La Tricoterie jusqu'au 23 novembre pour présenter la pièce "Radiant Vermin", mise en scène par André Agius.
Le pitch: Ollie et Jill incarnent le jeune couple parfait. Ils viennent de mettre au monde leur premier enfant et embrassent la vie avec sollicitude. Mais leur bonheur a un prix. Devant nous, ils se confessent: pour en arriver là, ils ont transgressé des interdits. Que peuvent bien cacher deux amoureux si inoffensifs? Après tout, qui ne serait pas prêt à gravir des montagnes pour obtenir son "dream home" et protéger sa famille?
Dans la scénographie, la lumière devient presque un personnage à part entière.
Un jeu d'acteur bluffant
Pendant deux heures quarante-cinq – avec un quart d'heure d'entracte –, les talentueux Matilda Tucker et Santino Smith nous tiennent en haleine. Pas besoin d’un décor chargé: leur jeu suffit à nous transporter d’une pièce à l’autre de leur maison. Ils sont rejoints par les apparitions fracassantes de Sederginne, connue en Belgique pour sa participation à Drag Race Holland.
La scénographie, simple et moderne, mise sur la suggestion. Avec une moquette épaisse et une banquette modulable, chaque recoin de ce surprenant décor donne envie de s'emmitoufler dedans. L'éclairage prolonge cette modernité, notamment le néon carré qui encadre la scène. La lumière devient presque un personnage à part entière. Les costumes, tout aussi léchés, renforcent cette harmonie visuelle. Du serre-tête jaune de Jill à la chemise fluide d’Ollie, chaque détail a de multiples emplois.
Une actualité brûlante
"Radiant Vermin" ne se contente pas de divertir: il nous interroge. Ollie et Jill, rencontrés dans une paroisse, incarnent une religiosité qui renforce le poids des questions posées. Qu’est-ce qu’être une bonne personne? Où tracer la ligne entre le bien et le mal? Le public devient complice de leurs choix, confronté à ses propres pensées inavouées: comment réagissons-nous face à un sans-abri ? Que ressentons-nous en détournant les yeux?
Avec The Bridge Theatre, le théâtre ne s’arrête pas au rideau final.
Les travers contemporains sont poussés à leur paroxysme. Obsession de la propriété, frénésie d’achats, pression sociale et envies alimentées par les magazines et les publicités... Comme le slogan du centre commercial évoqué dans la pièce – "Enough is never enough" –, notre quête du toujours plus est mise en scène avec une ironie glaçante.
Cet humour noir remue les consciences tout en offrant une performance scénique époustouflante. Une réussite totale pour ce spectacle percutant, dont on sort troublé, mais conquis.
Créer des ponts entre les communautés
Avec The Bridge Theatre, le théâtre ne s’arrête pas au rideau final. Après la pièce, des débats permettent au public de creuser les thématiques abordées: la diversité sociale, le rôle sociétal et politique de l'architecture ou encore le sans-abrisme. Autant de sujets brûlants, qui résonnent particulièrement dans le contexte actuel d'une flambée des loyers à Bruxelles.
L’idée du Bridge Theatre est née du constat qu’il manquait une véritable scène anglophone accessible à un large public dans la capitale européenne. Inspiré par des expériences similaires en Allemagne, Edward McMillan a voulu proposer un théâtre en anglais qui s’adresse non seulement aux expatriés, mais aussi à tous ceux qui utilisent l’anglais comme langue de communication dans cette ville multilingue. En plus du critère linguistique, The Bridge Theatre apporte l'excellence des acteurs qui se produisent dans le West End londonien.
Pour renforcer ce sentiment d’inclusion et de dialogue, le théâtre se concentre sur des œuvres contemporaines abordant des sujets actuels et universels. Il accorde une grande importance à la durabilité par le biais de l’urbanisme, la responsabilité climatique des entreprises, l’impact de l’industrie de la mode ou encore l’éco-anxiété des jeunes.
Avec "Radiant Vermin", ce n'est pas la première fois que The Bridge Theatre reprend une pièce écrite par Philip Ridley. Le dramaturge britannique de 60 ans a acquis une renommée internationale pour son style provocant et viscéral. À (re)découvrir absolument.
Théâtre
"Radiant Vermin"
Écrit par Philip Ridley
Mis en scène André Agius
Produit par The Bridge Theatre
Avec Matilda Tucker, Santino Smith et Sederginne
Jusqu'au 23 novembre
Note de L'Echo:
Les plus lus
- 1 Guerre commerciale: les États-Unis vont appliquer des droits de douane de 20% sur l'UE et jusqu'à 54% sur la Chine
- 2 Ce que l'on sait des nouveaux droits de douane que Donald Trump s'apprête à dégainer
- 3 Six cartes que l’Europe pourrait jouer face aux tarifs de Donald Trump
- 4 La Commission inflige une amende de près d'un demi-milliard d'euros à quinze constructeurs automobiles
- 5 "The big one": Donald Trump déclenche un séisme sur le commerce mondial