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analyse

Si le coronavirus se transmet par l'air, la distanciation sociale suffit-elle?

Le centre médical d'urgence de Vilvorde a été installé afin de soulager les hôpitaux. Seuls les patients les plus gravement atteints y seront transférés. Ce mercredi, c'était encore le calme avant, peut-être, la tempête.

Le nombre d'hospitalisations continue à grimper, mais la situation reste sous contrôle dans les hôpitaux, assure le SPF Santé publique. Même si les chiffres en temps réel tardent à suivre. En attendant, la théorie de la contamination par aérosol vient semer le doute quant à l'efficacité de la distanciation sociale. Et donc des mesures de confinement actuelles.

On le sait. Un des principaux critères permettant de savoir si la Belgique fait face à l'épidémie de coronavirus, c'est la santé de son système hospitalier. Le défi étant d'éviter que celui-ci ne soit débordé; si cette digue-là saute, cela aura inévitablement des répercussions sur la qualité des soins et le taux de mortalité.

1.500
lits
En temps normal, la Belgique compte quelque 1.500 lits de soins intensifs pour adultes; on arrive à 1.900 en comptant également ceux des services de pédiatrie et de néonatalité. Un effectif que peuvent venir renforcer quelques lits des salles de réveil de blocs opératoires. Mais en ces temps de crise et puisque le plan d'urgence a été déclenché, la différence entre un lit "normal", aigu, et un lit intensif se fait plus floue.

Quelles sont donc les nouvelles du front hospitalier? La communication du Centre de crise constitue un premier baromètre. Le 18 mars, mercredi donc, la Belgique comptait 309 cas avérés de coronavirus supplémentaires, portant le total officiel à 1.795 – sur les plus de 20.000 tests effectués –, et déplorait 21 décès. Depuis le début des hostilités, 155 personnes ont pu sortir de l'hôpital; mais 187 nouveaux patients y sont rentrés rien que ce mercredi. Portant à 634 le nombre de personnes hospitalisées, parmi lesquelles 130 en soins intensifs, dont 88 sous assistance respiratoire. Une évolution qui colle aux prévisions du SPF Santé, qui se veut rassurant: la Belgique dispose de capacités suffisantes pour affronter les jours qui viennent. 

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Par contre, là où le bât blesse, c'est qu'il n'est pas permis, en se basant sur cette communication, de savoir combien de lits en soins intensifs sont réellement disponibles pour le Covid-19. En sachant que le stock initial, pour les adultes, tourne autour des 1.500. Ces données existent, mais avant de les livrer sur la place publique, il faut que Sciensano et le SPF Santé publique se coordonnent, alors que les équipes sont débordées. Une solution pourrait voir le jour la semaine prochaine.

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70% - 80%
des lits intensifs belges
Pour Philippe Leroy, directeur du CHU Saint-Pierre, entre 70% et 80% de la capacité belge en lits de soins intensifs pourront être libérés pour le coronavirus.

Combien de lits disponibles?

En attendant, on peut déjà glisser ceci. À partir des données remplies par les hôpitaux eux-mêmes sur la plateforme ICMS – pour incident & crisis management system – créée au lendemain des attentats, il est permis de se faire une première idée. Le 17 mars, 576 lits de soins intensifs étaient déclarés disponibles. Ce qui signifie un taux d'occupation compris entre 60% et 70%? Du tout. Déjà, parce qu'environ 23% des sites hospitaliers n'avaient pas encore introduit leurs données – et donc leurs lits.

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Et puis, il ne faut pas oublier que les hôpitaux pratiquent une gestion dynamique. Même si le plan d'urgence a été activé, des lits, cela ne se vide pas en un claquement de doigts. "Les patients opérés la semaine dernière commencent à sortir, témoigne Philippe Leroy, directeur général du CHU Saint-Pierre. Les lits se libèrent au fur et à mesure. Il restera une partie incompressible, devant être consacrée aux très grosses urgences, ce qui devrait laisser entre 70% et 80% de tous les lits intensifs pour le Covid-19." En sachant que le contingent va s'étoffer. "Au CHU, notre service de soins intensifs compte 30 lits en temps normal; nous sommes en train de passer à 45. On est encore loin d'une saturation."

Au SPF Santé, on table sur une hausse du nombre de cas et d'hospitalisations dans les jours qui viennent, tout en espérant une stabilisation, voire une légère baisse, d'ici ce week-end ou le début de la semaine qui vient. Le temps que les mesures gouvernementales fassent leur effet.

Distanciation sociale vs aérosol

Reste à savoir si ce confinement à la belge s'avérera efficace. À ce sujet, une étude publiée mardi dans le New England Journal of Medicine sème le doute. On y lit, même si certaines conclusions ont été contestées, que le coronavirus nouveau pourrait survivre plusieurs heures en dehors du corps humain, notamment dans l'air. Il est ici question de contamination par aérosol, qui remettrait en cause l'efficacité de la distanciation sociale. "Vous voyez la buée formée par quelqu'un qui respire lorsqu'il fait froid? interroge Marc Wathelet. L'aérosol, c'est cela. Autant de gouttelettes qui restent en suspension, et dont la durée de vie dépend de la taille et de l'environnement, confiné ou non – en fonction, cela se comptera en secondes ou en minutes."

C'est pourquoi les mesures actuelles restent insuffisantes, estime ce spécialiste des coronavirus humains. "Il faut interrompre toute activité professionnelle impliquant des contacts et qui n'est pas strictement nécessaire. Et s'activer pour produire, en Belgique et en masse, des masques de protection."  

Quant aux doutes entourant ce mode de propagation, Marc Wathelet dispose d'un arsenal de neuf arguments à leur rétorquer. Notamment "la forte contagiosité, le haut taux de transmission asymptomatique ou encore le fait que la plupart des virus respiratoires peuvent se transmettre de la sorte". 

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