Le projet de développement de Tour & Taxis sous le feu des critiques
La commission de concertation va donner son avis sur le projet de développement du site Tour & Taxis, situé à Bruxelles. Mais les critiques des associations sont nombreuses: trop de surfaces dédiées au bureau et au commerce, pas assez de logements moyens et sociaux, aucune solution de mobilité.
À quoi va ressembler le site de Tour & Taxis demain? Le site de près de 45 hectares est situé en bordure du canal, dans le nord de Bruxelles. Il est l’un des derniers grands espaces fonciers disponibles de la capitale et fait partie des 10 nouveaux quartiers que le gouvernement bruxellois veut développer. Certaines parties du site ont été aménagées (voir infographie plus bas). Mais il reste encore une large superficie à aménager. À quoi sera-t-elle consacrée? Un plan particulier d’affection du sol (PPAS) a été soumis à l’enquête publique au mois d’août. Comme son nom l’indique, il a pour but de définir précisément les différentes affectations du site (logements, bureaux, commerces, espaces verts, etc.). Ce mercredi, il sera soumis à l’avis de la commission de concertation. Des associations émettent déjà de nombreuses critiques sur le projet.
"Je ne comprends pas que le public soit à ce point faible face au privé."
D’abord sur la forme, "le premier problème de ce projet est d’ordre démocratique. Mettre ce vaste projet à l’enquête publique pendant les vacances, cela n’a pas laissé le temps au public de l’analyser alors que ce projet traîne depuis des années. Je rappelle qu’en 2009, le gouvernement bruxellois a indiqué que le PPAS serait déposé dans les 3 ans. Celui-ci a donc 4 ans de retard. Mais entre-temps, toute une série de permis urbanistique ont déjà été délivrés", déplore Isabelle Pauthier, directrice de l’Arau (Atelier de recherche et d’action urbaine).
Sur le fond, le projet prévoit 185.000 m² minimum de logements. "Mais jusqu’ici, ce qu’on voit surtout sortir de terre, ce sont des bureaux. Près de 65.000 m² de bureaux sont soit construits, soit en cours de construction. Et le projet prévoit d’ajouter encore 80.000 m² de bureaux supplémentaires. Alors qu’il y a déjà un stock important de bureaux vacants dans la zone limitrophe. Pour le logement, il y a bien un projet qui a commencé du côté de la rue Picard mais ce n’est pas gigantesque", déplore Mathieu Sonck d’Inter-Environnement Bruxelles (IEB). "Il y a assez de bureaux à Bruxelles. Quel est l’intérêt de construire tous ces bureaux si ce n’est de nourrir un marché spéculatif?, enchérit Isabelle Pauthier. "Ce n’est pas de l’intérêt général. Mais ces bureaux vont permettre à la Ville de Bruxelles d’obtenir des recettes supplémentaires en taxe de bureau. On comprend donc quel est son intérêt à elle", ajoute Mathieu Sonck.
Une tour de 150 mètres
Tous deux s’interrogent aussi sur l’autorisation donnée pour la construction d’une tour de 150 mètres de haut sur le site. "ça, c’est la surprise du chef! Les pouvoirs publics ont ouvert la boîte de Pandore en offrant au promoteur Atenor la possibilité de construire, de l’autre côté du canal, la tour Upsite d’une hauteur de 140 mètres. L’actuel propriétaire du site de Tour & Taxis, Extensia, veut naturellement la sienne. Or, la Région avait juré en 2009 que les logements réalisés seraient à taille humaine avec des bâtiments ne dépassant pas les 15 étages", indique Isabelle Pauthier.
Mathieu Sonck souligne que cette tour serait à nouveau majoritairement composée de bureau. Mais le plus grave, selon lui, c’est qu’elle pourrait avoir des petites sœurs. "Le PPAS tel qu’il est prévu aujourd’hui autorise la construction de 3 à 4 tours plus petites dans le périmètre de celle de 150 mètres de haut. On peut donc imaginer un paysage de tours en escaliers de 25 mètres, 50 mètres, 75 mètres, 100 mètres et puis 150 mètres".
La construction de ces tours répondrait à un objectif de densification. "Mais avec aucune solution de mobilité!", critique Mathieu Sonck. "Le ministre de la mobilité, Pascal Smet, a affirmé qu’il n’y aura pas de ligne de tram passant par là avant dix ans. La Région se tire une balle dans le pied car le projet va engendrer des problèmes de congestion. Le rapport d’incidence l’a clairement indiqué". D’après lui, les pouvoirs publics ont failli à leurs tâches.
"Actuellement, le projet ne prévoit plus aucun logement public alors qu’initialement, il devait comporter au moins 30% de logements moyens et 20% de logements sociaux. On autorise un promoteur qui a acheté le terrain à 40 millions d’euros de réaliser une opération immobilière à 1,2 milliard. N’y avait-il pas moyen de lui demander de répondre aux besoins des Bruxellois?".
L’Arau et l’IEB regrettent enfin que la surface dédiée aux équipements (par exemple des crèches, des écoles, etc.) ait diminué de moitié par rapport au projet initial alors que celle prévue pour les commerces a doublé sans que le type de commerce ne soit défini.
Les plus lus
- 1 Guerre commerciale: les États-Unis vont appliquer des droits de douane de 20% sur l'UE et jusqu'à 54% sur la Chine
- 2 Ce que l'on sait des nouveaux droits de douane que Donald Trump s'apprête à dégainer
- 3 Six cartes que l’Europe pourrait jouer face aux tarifs de Donald Trump
- 4 La Commission inflige une amende de près d'un demi-milliard d'euros à quinze constructeurs automobiles
- 5 "The big one": Donald Trump déclenche un séisme sur le commerce mondial
Fonds en biens immobiliers
- DPAM B Real Estate Europe Dividend Sustainable B
- DPAM B Real Estate EMU Sustainable B
- DPAM B Real Estate Europe Sustainable B
- BNP Paribas Funds Europe Real Estate Securities Classic