Miguel Guedes De Sousa travaille exclusivement avec Vincent Van Duysen et Jean-Philippe Demeyer pour la conception de ses clubs, hôtels, villas et bars à Lisbonne et Comporta.
"Il m’a fallu cinq ans pour prononcer correctement le nom de Vincent Van Duysen", plaisante Miguel Guedes De Sousa. "Duysen" sonne chez le PDG portugais du groupe hôtelier JNĉQUOI plus comme "dozen" (douzaine en anglais): cela tombe bien, car il a plus d’une douzaine de projets en cours avec l’architecte-designer anversois. À Lisbonne la JNĉQUOI House est en cours de construction, alors que la boutique Fashion Clinic a ouvert ses portes en 2024. Et le Beach Club JNĉQUOI sur la Praia do Pego, une des plus belles plages de Comporta, a été inauguré en 2023.
Lassé de Saint-Tropez
On reconnaît la patte de Vincent Van Duysen: des planchers en bois mènent à une "grange" archétypale au toit de chaume et aux terrasses intimistes. "L’architecture sereine, inspirée des maisons de pêcheurs locales, se fond avec les dunes environnantes. Tout est conçu dans les moindres détails, y compris les chaises de plage", explique De Sousa.
"Le JNĉQUOI Beach Club nage à contre-courant: ici, pas de bling-bling, pas de parade de seaux de champagne, pas de beats assourdissants; nous optons pour le silence et la nature. Notre public en a assez de l’ambiance survoltée de Mykonos ou de Saint-Tropez. Chez nous, on trouvera la tranquillité." Le projet reflète la vision spécifique de Van Duysen sur Comporta. "Je l’associe à un refuge où l’on peut échapper au monde», dit-il. "Un lieu pour ralentir et se reconnecter avec la nature."
De Sousa reste discret, mais il prévoit de lancer ce printemps un projet gigantesque sur 164 hectares à Comporta: des dizaines de villas avec services hôteliers, des restaurants, un club de tennis, une piscine ronde de 33 mètres, un bar à vins et un spa. Les villas, conçues par Vincent Van Duysen Architects, "seront mises sur le marché dès cet été", peut-on lire sur le site.
"Ce sera un projet unique, mais avant de communiquer à ce sujet, nous voulons rassembler une communauté", confie De Sousa de manière énigmatique. "Ce que je peux dire: sur le plan architectural, le projet global est en ligne avec la maison personnelle de Vincent Van Duysen à Melides, près de Comporta."
Aimable et sophistiqué
Pour ceux qui n’ont pas les images de la maison de vacances de Vincent Van Duysen: l’architecte y a combiné des influences de Luis Barragán, Jørn Utzon et de la célèbre Casa Malaparte à Capri. Pourtant, elle ne semble jamais être un corps étranger dans cette région prisée. En termes de matériaux, de disposition, de proportions et d’implantation, elle est représentative de la région.
"J’ai rencontré Vincent lors d’un dîner à Comporta. Je n’avais aucune idée de qui il était, mais j’ai immédiatement ressenti une affinité. Quand il m’a invité dans sa maison à Melides, j’ai été bouleversé. Avec des matériaux simples – du bois, des carreaux de terre cuite et du béton – il a conçu un chef-d’œuvre contemporain. Je suis devenu un grand admirateur de son travail et de sa philosophie: il va dans le détail du détail. Mais je suis encore plus fan de sa personnalité: c’est un homme aimable et humble. Un visionnaire avec un goût incroyablement sophistiqué. Son dévouement, son savoir-faire et son souci du détail rendent son travail exceptionnel", explique De Sousa.
"Certains designers culminent à vingt ans. Lui, il a construit son œuvre progressivement et est aujourd’hui au sommet de sa carrière. Comme moi, en fait: il m’a fallu du temps pour arriver ici. J’ai déjà fait tant de choses dans ma vie (De Sousa a notamment travaillé pour le groupe hôtelier Aman, NDLR), mais maintenant j’ai la vision, le courage et le savoir-faire pour réaliser mes rêves les plus fous."
When Abba meets China
Miguel Guedes De Sousa et son épouse, Paola Amorim, parcourent le monde pour découvrir de nouveaux hôtels, bars, restaurants ou architectes d’intérieur. "Je reviens de Paris. Avant l’heure du déjeuner, j’avais déjà visité dix nouveaux restaurants. À New York, je loue simplement un Uber pour toute la journée. La dernière fois, je suis entré et sorti de 27 restaurants, juste pour m’imprégner de l’ambiance", affirme-t-il.
Nous rencontrons De Sousa dans son quartier général à Lisbonne, où des aquarelles colorées ornent les murs. Ce sont des designs peints à la main pour Frou Frou, un club-restaurant que notre compatriote Jean-Philippe Demeyer a pensé pour le groupe JNĉQUOI de De Sousa dans la capitale.
Le lieu est une "expérience multisensorielle": un restaurant gastronomique teinté de Chine avec un système sonore immersif. Pour leur première collaboration, Demeyer a eu carte blanche -c’est ainsi que le talent du Brugeois s’épanouit. "Abba meets China", décrit l’architecte d’intérieur. Mais on pourrait aussi dire: le "Lotus Bleu" de Tintin rencontre Salvador Dalí. "Nous avons incorporé, entre autres, des dragons chinois et de la porcelaine. Mais le plafond bleu vif est inspiré du fard à paupières d’Agnetha Fältskog, la chanteuse blonde d’Abba. Et les murs ont été recouverts de sept couches de franges colorées, inspiré d’une robe de la créatrice de mode belge Ann Salens", ajoute Demeyer.
Il y a encore plus de Belges dans l’intérieur surréaliste du club-restaurant qui se trouve sur l’avenida da Liberdade, les Champs-Élysées de Lisbonne. Tous les tissus d’ameublement, rideaux et tapis ont été produits par des ateliers belges avec qui JP Demeyer & Co travaille depuis des années.
Clients de rêve
JP Demeyer et Co. a conçu l’intérieur de Frou Frou, mais aussi le logo et le nom. Remarquable, car un entrepreneur comme De Sousa aurait pu faire appel à une grande agence de branding. "Notre approche s’entend à 360°. Les assiettes, la décoration, le nom, le marketing: tout doit être coordonné", précise-t-il. "Jean-Philippe est extrêmement doué pour cela. Sa créativité est unique. J’ai déjà dit à mon équipe: faites beaucoup de projets avec lui, car dans cinq ans, il sera mondialement connu. Il n’a pas encore atteint son apogée, mais il deviendra grand, j’en suis sûr."
"Nous avons rencontré Miguel De Sousa par le biais de sa compagne, Paola Amorim, active dans le secteur de l’énergie et de la mode", témoigne Demeyer. "Elle avait vu notre villa à Comporta dans le magazine Architectural Digest USA et nous avons reçu un message via Instagram qu’elle avait peut-être un projet pour nous. Nous avons eu quatre semaines pour élaborer un concept global, ce qui est assez rapide. Mais à leur énergie, nous avons immédiatement senti: ils n’ont peur de rien, ils suivent leur instinct, mais savent comment s’y prendre. Ce sont des clients de rêve. J’aimerais tant ne travailler que pour de telles personnes."
Délicieux
Après Lisbonne, la joyeuse bande a eu l’occasion de concevoir un Deli au cœur de Comporta: un lieu de restauration convivial ouvert du matin jusqu’au soir. Le menu ainsi que l’aménagement sont inspirés du Portugal. À l’étage, Demeyer & Co a conçu une suite avec fonction conciergerie. Une chambre principale est prévue, ainsi que trois lits jumeaux. "Bientôt, nous lancerons quelque chose de nouveau avec Jean-Philippe Demeyer: Frou Frou on the beach", annonce De Sousa. "Une réinterprétation du Frou Frou de Lisbonne dans le village de Comporta. J’espère que l’ouverture aura lieu l’année prochaine. Ce sera un truc fou."
Curieux de voir comment la combinaison Van Duysen et JC Demeyer & Co se déroulera à Comporta. Normalement, De Sousa garde séparément les adresses des deux Belges, car leurs styles, leur utilisation des couleurs et leur définition du luxe sont à l’opposé. "Je sais qu’ils sont amis et apprécient le travail de l’un de l’autre, mais esthétiquement, ce sont des contraires. Pour Frou Frou, nous n’aurions jamais demandé à Vincent, cela n’aurait pas fonctionné", dit De Sousa.
"Le style de Vincent me plaît davantage. J’ai une passion pour l’hospitalité, la nature et le luxe ‘pieds nus’. Mon épouse, en revanche, aime la mode, les couleurs vives, les imprimés chargés, les intérieurs superposés, les adresses funky over the top. Sa préférence va à Demeyer: sans retenue et sans limites."
Liberté et imagination
Ces deux opposés rendent inévitablement le portefeuille de JNĉQUOI très intrigant. "D’où le nom JNĉQUOI: vous ne pouvez pas verbaliser qui nous sommes, vous devez vivre nos concepts par vous-même. Nous ne sommes pas un Four Seasons ni un intercontinental, qui se ressemblent tous de Los Angeles à Tokyo. Nous avons la liberté et l’imagination de surprendre notre public grâce à des lieux complètement différents. Par contre, le niveau de service, élevé, est le même partout, même si chaque adresse est unique. Et pour cela, nous comptons sur les Belges."