Chez Lunetier Ludovic, quatre rendez-vous sont nécessaires pour obtenir des lunettes sur mesure parfaites, cela peut prendre trois à quatre mois.
Chez Lunetier Ludovic, quatre rendez-vous sont nécessaires pour obtenir des lunettes sur mesure parfaites, cela peut prendre trois à quatre mois.
© Alexander D'Hiet

Artisanat de luxe | Comment Lunetier Ludovic révolutionne les lunettes sur mesure

Ludovic Elens, lunetier bruxellois et fondateur de Lunetier Ludovic, nous parlent propos de lunettes brise-glace, du Petit Prince et de son "wall of shame".

Comment vous sentez-vous?

"Bien, notre carnet de commandes est bien rempli. Nous avons fondé notre atelier il y a dix ans, et nous avons maintenant des clients du monde entier qui passent commande pour des lunettes sur mesure. Nous en fabriquons environ septante par an, avec un délai d’attente de trois à quatre mois. Le problème, c’est que les gens ne découvrent pas toujours notre atelier au moment où ils ont besoin de lunettes, mais parfois des années plus tard. Une paire de lunettes, ce n’est presque jamais un achat impulsif. Nous devons rester présents à leur esprit afin qu’ils pensent à nous le moment venu."

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Qu’est-ce qui est essentiel pour vous?

"Les gens disent parfois: ‘Je n’ai pas une tête à lunettes’, alors que c’est une simple question de physionomie. Lorsqu’on se base sur les lignes du visage, des yeux, des sourcils et de la mâchoire, il existe toujours une monture parfaitement adaptée à chaque visage. Certains clients franchissent notre porte en disant: ‘Je dois porter des lunettes.’ Non, vous ne devez pas, vous voulez en porter. C’est ce changement de perspective qui doit s’opérer lorsqu’on entre dans notre atelier."

Comment fonctionnez-vous?

"Notre véritable luxe, c’est le temps que nous consacrons à nos clients. Pour chaque paire de lunettes, nous programmons quatre rendez-vous dans notre atelier. Un jour, un père a reçu de ses quatre filles un chèque-cadeau pour des lunettes sur mesure chez nous. À chaque visite, elles l’ont accompagné. Et lorsque ses lunettes ont été prêtes, il a confié: ‘Je ne sais pas ce qui m’a fait le plus plaisir: les lunettes ou le temps passé avec mes filles’."

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Une collection solaire avec Scabal

Lunetier Ludovic est le seul en Belgique à proposer des lunettes entièrement sur mesure. Mais son atelier situé au Sablon propose aussi du semi-mesure, des modèles existants dont la forme est ajustée. "Notre collection ‘Jazz’ comprend seize modèles, disponibles en plusieurs tailles et matériaux. Le délai d’attente est de trois semaines", précise Ludovic Elens.

Il s’apprête également à lancer sa toute première collection de lunettes solaires en prêt-à-porter, en collaboration avec le spécialiste belge du textile Scabal. "Ce ne sera pas du sur mesure, mais des modèles prêts à l’emploi, proposés à 1.400 euros", ajoute-t-il. "Ils seront disponibles dans les boutiques Scabal de Bruxelles, Paris, Londres et Genève. Il s’agit d’une alliance naturelle: nous partageons avec Scabal le même amour de la qualité, de l’élégance intemporelle et du savoir-faire artisanal."

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Que pensez-vous de votre chemin?

"Je suis plutôt fier du chemin parcouru. Après mes secondaires, je n’ai pas pu poursuivre des études supérieures comme mes copains, une réelle frustration à l’époque. Mais vingt ans plus tard, je vends mes lunettes aux quatre coins du monde. Je voyage beaucoup pour mon travail: tous les trois ou quatre mois, je me rends à Abu Dhabi, à Dubaï et au Koweït. Je travaille aussi à Londres, Genève, Paris et Knokke, où je prends personnellement les mesures de mes clients et leur présente des modèles. Je n’ai jamais suivi de formation officielle en lunetterie, seulement des stages auprès de maîtres artisans à l’étranger. Et aujourd’hui, des écoles envoient leurs étudiants dans notre atelier pour apprendre le métier. Il y a même des opticiens qui viennent ici en teambuilding. Oui, c’est une grande fierté."

Qu’est-ce qui vous rend unique?

"Le métier de lunetier n’existe pas en tant que tel en Belgique. Il y en a un à Paris, deux à Londres et un à New York, mais ce dernier est spécialisé dans les montures très excentriques. Nous avons développé notre propre approche. Lors du premier rendez-vous, nous réalisons une quinzaine de mesures du visage et échangeons avec le client concernant ses souhaits. Lors du second rendez-vous, je présente six modèles différents, tous dessinés sur mesure. Nous choisissons ensuite la couleur et le matériau: acétate, corne de buffle, aluminium, bois tropical, or..."

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"Nous avons même déjà fabriqué une monture sertie de 200 diamants. Lors du troisième rendez-vous, nous procédons aux ajustements de la monture, qui est alors presque terminée: nous prenons une heure pour l’adapter parfaitement à la morphologie du visage. Nous effectuons les derniers ajustements formels ainsi que les mesures optiques nécessaires à la commande des verres. Avec ses lunettes, le client doit avoir de l’allure, mais il doit également voir parfaitement."

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"C’est aussi lors de ce rendez-vous que nous choisissons une gravure personnalisée. Le nom de notre marque et l’année de fabrication sont toujours présents sur la monture, mais certains clients choisissent également d’ajouter une devise ou un message personnel. Un juge a fait graver ‘Le bien, le juste et le vrai’ sur ses lunettes. Un autre client a choisi une citation tirée du ‘Nom de la rose’ d’Umberto Eco. Mais la plus demandée est tirée du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry: ‘On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.’ Enfin, le quatrième et dernier rendez-vous est celui de la livraison."

Avez-vous déjà commis une erreur?

"Comme dit le proverbe: vérifier deux fois et couper une fois. Pourtant, dans les premières années de Lunetier Ludovic, il m’est arrivé de prendre de mauvaises mesures ou de mal découper certaines montures. Dans notre atelier, nous avons un ‘wall of shame’, un mur où sont exposées les lunettes ratées. L’idée était de les y accrocher temporairement pour éventuellement en récupérer certaines afin d’en faire de belles pièces. Je peux vous dire qu’en dix ans, nous n’en avons sauvé aucune. Mais ces erreurs nous poussent à l’excellence. Si le moindre doute subsiste quant à la qualité d’une monture, il n’y a pas d’hésitation: on recommence. ‘Le client va-t-il le remarquer?’ est une question que je ne me pose jamais. Seule la perfection n’est permise."

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© Alexander D'Hiet

Que devez-vous faire de toute urgence?

"Beaucoup de gens ne savent même pas que les lunettes sur mesure existent. Je dois faire mieux connaître mon savoir-faire. En tant qu’entreprise, j’ai l’ambition de me développer, mais pas au détriment de la qualité ou du savoir-faire. La Belgique évolue progressivement vers une économie de services et relègue l’industrie manufacturière au second plan, alors qu’il est essentiel de transmettre l’intelligence de la main, le savoir-faire."

"L’artisanat a un prix, notamment parce que je tiens à rémunérer correctement mes collaborateurs. Le prix d’une paire de lunettes en semi-mesure débute à partir de 1.100 euros, tandis que le prix d’un modèle entièrement sur mesure dépend des matériaux et des finitions. C’est un investissement, certes, mais si vous portez vos lunettes tous les jours, le ‘cost per wear’ est bien inférieur à celui d’un sac à main ou d’un imperméable."

Qu’est-ce qui fait votre fierté?

"Certains clients me disent parfois: ‘À chaque fois que je porte vos lunettes, on me complimente’. Pourtant, mes designs sont souvent très épurés. C’est ce que j’appelle la créativité subtile: une monture dont la forme et les lignes épousent parfaitement la morphologie du visage. Un chef d’entreprise très respecté m’a un jour confié que les jeunes entrepreneurs hésitaient parfois à l’aborder, alors qu’il souhaitait justement réseauter avec de petites start-ups. Il a donc choisi des lunettes ‘brise-glace’, afin que les gens puissent le complimenter et engager la conversation. Sa monture est devenue une véritable ‘conversation piece’, un moyen de faciliter les échanges."

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