Capitale européenne de la culture en 2026, Oulu se trouve à 150 kilomètres du cercle polaire.
Capitale européenne de la culture en 2026, Oulu se trouve à 150 kilomètres du cercle polaire.
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Que faire à Oulu, en Finlande, la "Capitale européenne de la culture 2026"?

Oulu, cité septentrionale où même les ours polaires s’enveloppent d’une couche supplémentaire et où l’astre solaire s’éclipse six mois durant, abrite bien des secrets.

On n’arrive pas par hasard à Oulu, la cité la plus septentrionale du monde (après les villes de Mourmansk et Norilsk en Russie), de plus de 100.000 âmes. Oulu, cinquième ville de Finlande, possède le deuxième aéroport le plus fréquenté du pays, avec huit vols quotidiens à destination d’Helsinki et autant dans l’autre sens: c’est en grande partie dû à Nokia, label à qui l’on doit le SMS, le chat en ligne et le traqueur de fitness.

En 1991, on y réalise le premier appel téléphonique par GSM et, en 2008, Nokia détient 40% du marché mondial des téléphones mobiles. Et puis, l’entreprise périclite de façon spectaculaire. Aujourd’hui, bien que de taille plus modeste, avec une usine et un centre de recherche, Nokia reste un employeur majeur. Oulu abrite aussi deux universités de renom, ainsi que les start-ups qui les accompagnent, principalement dans la Tech. Les fans de 6G et/ou de détection par rayons X trouveront dans la capitale de l’Ostrobotnie septentrionale une source inépuisable d’intérêt.

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Oulu se situe à la limite inférieure de la zone d’observation des aurores boréales. Mais on ne restera pour autant sur sa faim à Oulu.

Le vol depuis Helsinki dure moins d’une heure et, fait rare, sans secousses excessives en dépit des rafales de vent qui, comme je l’apprendrai, sont si violentes que le trafic du ferry a été interrompu pendant une journée en raison de mètres d’eau soulevés. Le trajet depuis l’aéroport à travers des forêts fraîchement enneigées revêt un caractère féerique. Toutefois, prudence! Chaque Finlandais que je croise au cours des jours suivants à Oulu me prévient qu’ici, c’est moins féerique qu’en Laponie, où réside le Père Noël.

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Capitale européenne de la culture en 2026, Oulu se trouve à 150 kilomètres du cercle polaire.
Capitale européenne de la culture en 2026, Oulu se trouve à 150 kilomètres du cercle polaire.
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Cependant, Oulu est bel et bien ensorcelante. C’est une véritable ville: fondée en 1605 par le roi Charles IX de Suède, elle a une riche histoire. Avant que Nokia ne s’y implante, on y produisait du goudron, utilisé à partir du XIXe siècle pour étanchéifier les navires et lubrifier les traverses de chemin de fer. En 1865, 80.000 barils de 125 litres ont été exportés. Des chantiers navals ont vu le jour, suivis de papeteries et d’autres usines. Aujourd’hui, on y savoure de la glace au goudron, une glace à la vanille avec un sirop résineux légèrement brûlé. Et il y a toujours des usines, que l’on peut apercevoir à l’horizon, la nuit venue.

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En 2026, Oulu sera la Capitale européenne de la Culture, ainsi que Trencin en Slovaquie. "C’est une ville postindustrielle, axée sur la technologie. Il y a de la culture, mais il faut peut-être la dénicher", déclare Heikki Myllylathi, directeur de l’ONG Oulu Urban Culture et organisateur de Frozen People, une rave annuelle sur les vagues gelées de la baie d’Ostrobotnie. Le festival est gratuit, dure une journée de 14h à 22h, avec des after dans les clubs. "En mars, car la glace est très solide, mais il fait déjà un peu plus clair. La mer gèle chaque année. Les gens patinent, skient, pêchent. Nous nous sommes demandé pourquoi personne n’exploitait l’art ou la musique sur la glace?"

"La mer gèle chaque année. Les gens patinent et dansent sur la glace de 70cm d’épaisseur. On pourrait même y faire rouler un char blindé."

La production, avec un budget d’environ 10.000 euros, n’est pas une mince affaire. "Il faut installer des générateurs et protéger le système de sonorisation pour qu’il ne tombe pas en panne à cause du froid. L’année dernière, il a fait 5°C toute la semaine, bien moins froid que d’habitude, et nous avons eu pas mal de problèmes à cause de la boue. La glace fait 70 centimètres d’épaisseur, on peut y rouler avec un char d’assaut."

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 Pikisaari est une petite île bordée de jolies plages et couverte de bois de conifères où se trouvent d’authentiques cabanes de pêcheur peintes dans des couleurs pastel.
Pikisaari est une petite île bordée de jolies plages et couverte de bois de conifères où se trouvent d’authentiques cabanes de pêcheur peintes dans des couleurs pastel.
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Capitale européenne de la culture 2026

Oulu2026, Capitale Européenne de la Culture, aura pour thème "Changement climatique culturel". L’inauguration aura lieu le week-end du 16 au 18 janvier 2026 avec un festival qui se poursuivra jusqu’à la fin du mois de décembre. Au programme: expositions, festivals, installations artistiques, explorations de la nature, semaine de la poésie et Lumo (le festival annuel des lumières de novembre).

À l’hôtel de ville, une place sera réservée pour Peace Machine, un projet inspiré par Timo Honkela, un pionnier de l’IA disparu il y a cinq ans, dont le rêve était de développer une machine recourant à l’IA pour générer des solutions aux conflits.

Les gourmets découvriront le label Arctic Food Lab qui réunit agriculteurs et chefs locaux à la "plus longue table du monde" d’un kilomètre de long et 7.000 à 10.000 places, un événement qui se déroulera le 22 août 2026.

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Oulu2026 s’étendra à 39 communes de la région. Le programme définitif sera annoncé en septembre, mais le site web fourmille déjà de conseils et d’idées.

Policier dodu

Le vieux centre de maisons en bois d’Oulu a été ravagé par un incendie en 1822. Le nouveau centre est en partie néoclassique, avec un hôtel de ville d’une beauté remarquable et un parc municipal élégant qui s’étend sur plusieurs îlots. Sous le cœur de la ville se trouve un vaste parking souterrain qui peut également servir de bunker, car on ne sait jamais avec la Russie trop proche et une frontière qui s’étend sur 1.340 kilomètres.

À la périphérie se trouve un splendide marché couvert rénové où l’on peut venir prendre un café, s’approvisionner en produits locaux et dénicher des vinyles d’occasion. Juste en face se dresse le monument le plus célèbre d’Oulu, l’équivalent de notre Manneken Pis, mais plus imposant, plus corpulent et habillé: un policier dodu en uniforme. Chaque visiteur se prend en photo à ses côtés et il faut parfois même attendre son tour.

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L’une des attractions d’Oulu est la statue de l’agent de police dodu qui se trouve en face du marché, comme une version finnoise du Manneken Pis.
L’une des attractions d’Oulu est la statue de l’agent de police dodu qui se trouve en face du marché, comme une version finnoise du Manneken Pis.
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Un pont piétonnier plus loin se trouve Pikisaari, une petite île à proximité du marché, un écrin de nature avec des plages paisibles, des forêts de pins et de magnifiques demeures historiques aux façades pastel. L’une d’elles, une maison de pêcheur traditionnelle, abrite un musée. Au centre de l’île, dans une ancienne usine de laine, se trouve le siège d’Oulu Urban Culture dont la salle au sous-sol accueille des concerts et des fêtes. Le complexe abrite également un restaurant, un bar à vin, une salle d’exposition de design, des ateliers d’artistes, une galerie et une webradio.

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Trois tentatives infructueuses

La plupart des visiteurs viennent à Oulu pour la nature et certains ne souhaitent plus jamais repartir à l’instar d’Erika Benke, qui a œuvré plus de vingt ans pour la BBC à Londres. Elle a découvert Oulu en 2017, lors d’un reportage consacré à une expérience au sujet du revenu de base. Elle y vit depuis près de cinq ans. "J’aime l’hiver, cela aide. Ma maison est à trois minutes à pied de la plage, et à trois minutes de la forêt. Je me déplace partout à vélo, aussi bien en été qu’en hiver, tout est à moins d’une demi-heure. C’est une vie diamétralement différente. Il y a de l’espace, on vit en harmonie avec la nature et, en même temps, tout fonctionne. Il y a moins de spectacles et moins de restaurants, mais je cueille des myrtilles. Ma vie a changé: je suis très heureuse ici."

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En hiver, on creuse des trous dans la glace de la rivière Oulujoki pour y faire un plongeon revigorant.
En hiver, on creuse des trous dans la glace de la rivière Oulujoki pour y faire un plongeon revigorant.
© Courtesy of Koivurannan Saunalautta

Oulu dispose d’un réseau de plus de 600 kilomètres de pistes cyclables bien entretenues et distinctes, et faire du vélo par temps glacial est tout à fait courant ici (même si louer un vélo en hiver est moins évident). La nouvelle venue nous conduit à un bateau amarré sur la rive de l’Oulujoki: Koivurannan Saunalautta. À bord se trouvent un petit restaurant, un sauna spacieux et un trou dans la glace qui recouvre la rivière: après trois tentatives infructueuses, je descends enfin l’échelle et m’immerge dans ses eaux. En plein hiver, la glace de ce trou est découpée cinq fois par jour. Je compte jusqu’à dix et remonte à la surface, complètement frigorifié: je tremble et je claque des dents.

Fine couche de vert fluo

Une autre soirée, nous partons en quête des aurores boréales à Koitelinkoski, en pleine campagne, à l’écart de la pollution lumineuse de la ville -qui scintille encore au loin, diffusant une lueur jaune. Thomas Karst, photographe de nature et guide de périples dans le Grand Nord, nous aide à observer les aurores boréales. Venu d’Allemagne, Karst a émigré à Oulu il y a vingt-cinq ans, pour un emploi d’ingénieur chez Nokia, mais ces dernières années, il a décidé de se consacrer aux aurores. "Je suis épris des lumières. Cet hiver a déjà été exceptionnel, voire spectaculaire, pour les traînées vertes et violettes", explique-t-il. Mais, ce soir, le ciel est masqué par les nuages et, comme Oulu se situe à la limite inférieure de la zone d’observation courante, on n’a pas toujours la chance d’en voir. Plus au nord, aux alentours du cercle polaire en Laponie et en Norvège, les aurores boréales sont plus intenses. Cela ne signifie pas pour autant que l’on restera sur sa faim à Oulu.

"Regardez", nous glisse Karst, après que nous avons scruté le ciel pendant environ cinq minutes. Nous suivons son doigt et examinons un endroit où la couverture nuageuse s’ouvre lentement. Et là apparaît une fine couche de vert fluo. À l’œil nu, c’est à peine perceptible, mais sur l’écran de mon iPhone, cela semble déjà presque spectaculaire. "C’est tout à fait normal", me rassure le photographe.

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A Toppila, dans la banlieue industrielle d’Oulu, se trouve un ancien silo signé Alvar Aalto qui, aujourd’hui, accueille un centre culturel.
A Toppila, dans la banlieue industrielle d’Oulu, se trouve un ancien silo signé Alvar Aalto qui, aujourd’hui, accueille un centre culturel.
© Charlotte Skene Catling

Le trou dans les nuages se referme aussi rapidement qu’il s’est ouvert. Nous nous tenons sur un pont au-dessus d’une rivière, entourés de forêts. Je lui demande: "Et qu’en est-il des loups, des ours, des chevreuils et des élans?" Sa réponse est sans appel: "On en voit rarement ici. La probabilité que nous nous retrouvions nez à nez avec un ours polaire est minime."

Silo d’Aalto

Le lendemain, j’ai rendez-vous à Toppila, dans la banlieue industrielle d’Oulu. C’est là que se dresse un morceau de l’histoire architecturale locale, signé Alvar Aalto et sa première épouse, Aino, disparue prématurément. La Finlande a été plus ou moins construite par Aalto. On ne compte plus ses réalisations: le Finlandia Hall récemment rénové à Helsinki, le légendaire sanatorium de Paimio, où l’on peut désormais passer la nuit et, à Oulu, le premier projet industriel d’Aalto, bâti en 1931: un silo pour copeaux de bois.

De loin, la structure d’une hauteur de 28 mètres ressemble à une cathédrale brutaliste en béton patiné. Les murs ont 10 centimètres d’épaisseur et il n’y a ni isolation ni fenêtres. La seule lumière naturelle provient des petits trous dans le béton où se trouvaient autrefois des chevilles en bois qui, depuis, ont pourri. L’effet est celui d’un ciel étoilé en plein jour. Le silo est vide depuis 1985, raconte Anna Niemelä, une architecte locale impliquée dans le projet.

Un précédent projet de rénovation n’a rien donné. Les nouveaux propriétaires espagnols, Factum Foundation, ont acquis la ruine pour 6.000 euros et, désormais, le silo dépouillé est réduit à sa forme pure, avec seulement un nouvel escalier et un bar au sommet. À côté, un nouveau bâtiment abritera un centre de recherche, un auditorium, un restaurant et, bien sûr, un sauna public, car on est ici en Finlande.

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Autour du silo, qui faisait jadis partie d’une usine de papier, se trouvent d’autres bâtiments industriels. L’un d’eux abrite un supermarché; un autre, une salle d’escalade. Il y a même un club de trampoline: par la fenêtre on voit un enfant sauter, encore et encore.

Sombre, mais heureux

Les Finlandais sont réputés pour être des amateurs de métal. "C’est un cliché, mais il y a un fond de vérité", déclare Lasse Launimaa, responsable de la communication pour "Oulu 2026", musicien au sein d’un groupe de black metal, Slow Fall.

Cette passion pour le son mélancolique et mélodique est probablement une conséquence de l’obscurité qui règne la moitié de l’année. Et pourtant, cela ne pèse pas sur l’humeur des locaux: l’année dernière, Oulu se classait treizième du classement Happy City Index des villes les plus heureuses du monde (pourvu que cela ne porte pas malheur!), juste après Aarhus, Zurich et Berlin, mais avant Bruges, première ville belge, qui occupe la vingt-deuxième place. "En hiver, nous sommes déprimés", confie Heikki Myllylathi, organisateur de Frozen People. "En été, nous nous lâchons complètement, de manière positive."

Depuis 1997, Oulu organise chaque année en août le championnat du monde d’air guitar, soit l’art de simuler une musique jouée à la guitare électrique, mais avec une guitare imaginaire. C’est un événement international, avec des participants venus du monde entier, y compris du Japon et des États-Unis.

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© Harri Tarvainen

Le dernier jour de mon séjour en Finlande, Aapo Rautio donne une démonstration de ses talents dans la cave de mon hôtel. Il se tient sur une scène imaginaire, ses mèches blondes flottant dans un vent imaginaire. Il tombe à genoux, sa guitare invisible levée haut dans les airs. Le solo correspondant hurle d’un petit ghetto blaster. "Normalement, je fais aussi des sauts, mais le plafond de cette pièce est assez bas et l’hôpital le plus proche est loin, donc sauter est fortement déconseillé aujourd’hui", plaisante-t-il. Son surnom, dit-il, est Little Angus. "Mais, de nos jours, je suis The Angus. Ce type d’AC/DC peut, je ne sais pas, aller nager dans ses millions. Dans le monde de l’air guitar, votre nom dit qui vous êtes, comme dans RuPaul’s Drag Race." Et Rautio, alias The Angus nomme quelques-uns de ses rivaux: "Nordic Thunder, Dirty Beaujolais, Van Damage."

"Je joue de l’air guitar depuis quinze ans, j’ai même grandi avec, car le championnat se déroule dans la rue où je vis. J’ai participé pour la première fois à l’âge de dix ans, dans un bar miteux où le taulier m’a accueilli d’un ‘Vous espérez vraiment que nous laissions entrer ce gamin ici?’. Depuis lors, je suis chaque année en finale."

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