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"Let's Get Lost": le jazz comme si vous y étiez

Ce grand classique du documentaire musical ressort en salles, et en version remasterisée…

Oh la chance. Oh le cadeau de Noël. Pour les amateurs de jazz... Pour les amateurs de musique... Pour les amateurs de ces moments qui arrivent et qui repartent, et qui laissent le monde un peu plus nourri, un peu moins laid...

De "Let’s Get Lost", on pourrait dire beaucoup de choses vraies. L'année où il a été terminé: 1988. La même année que celle où meurt son héros, le trompettiste et chanteur Chet Baker. On pourrait dire qui l'a réalisé: le photographe (surtout de mode) américain Bruce Weber, à la suite d'un shooting avec Chet qui s'est bien passé, où il lui propose de faire un court-métrage "pour continuer l'aventure", court-métrage qui va devenir un long, très long tournage, endettant Bruce au-delà du million de dollars. On pourrait parler des grands noms du jazz que l'on y croise. On pourrait dire l'incroyable beauté des images, ce noir et blanc qui fleure bon la pellicule, d'une précision magique.

Tout se mélange, tout se complète, tout ricoche et s'adresse des clins-d'œil, des sourires de connivence, des espoirs à moitié déçus – et puis finalement comblés.

Mais on passerait à côté. On passerait à côté de ce film totalement inclassable, qui vous jette un sort puissant au fur et à mesure qu'il se déroule, qu'il vous frôle, et qu'il vous invite à l'intérieur de vous-même. "Documentaire mélancolique", nous dit la page Wikipédia, comme s'il s'agissait d'un genre cinématographique. Mélancolique, oui. Impressionniste, aussi, puisque le film ne se préoccupe jamais de thèmes, ni de chronologie. Tout se mélange, tout se complète, tout ricoche et s'adresse des clins-d'œil, des sourires de connivence, des espoirs à moitié déçus – et puis finalement comblés à la séquence suivante, ou celle d'après.

Let's Get Lost I Bande-annonce I Le 19 juin au cinéma en version restaurée

À l'improviste

"Let's Get Lost" nous parle d'un monde enfui, enfoui, un peu oublié, et pas seulement d'un musicien drogué, détruit, fatigué, en sursis, charmant, joyeux, enfantin. Il nous parle d'un autre rapport aux choses, aux événements. Il nous parle de ces détails amalgamés qui, en fait, faisaient le sel de la vie. Le fait de ne pas savoir exactement où on allait. Le fait de laisser le moment nourrir le moment, et de s'y complaire sans autre pensée. Le fait d'arriver à l'improviste, et d'avoir le temps. Depuis, le monde a accéléré. Les choses se sont compliquées sous prétexte de nous rendre la vie plus simple: on checke le temps qu'il fera, les minutes qu'on mettra, combien ça coûtera, on vérifie, on se projette, on inspecte.

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"Let’s Get Lost", 36 ans plus tard, ressemble pour le spectateur moderne à une dystopie: des gens qui se rejoignent, qui déconnent malgré leur âge avancé, qui parlent de choses futiles (la musique et ce qu'elle vous fait), qui errent sur des plages, qui trimballent des instruments comme si ça n'avait pas d'importance, et qui soufflent dedans comme si ce n'était même pas un projet.

Malgré la drogue qui les ronge (toute une génération va être emportée par l'héroïne, à commencer par Charlie Parker), il se dégage d'eux une incroyable innocence, un plaisir de vivre derrière la mélancolie, une présence. Et c'est là un autre ingrédient paradoxal mais central de ce film fragile: il est nourri de la présence d'un Chet Baker rabougri, vieilli, à la fois poétique et insupportable – à qui on a parfois envie de donner cinq francs, ou une paire de claques – mais qui, quand il se met à chanter ou à emboucher sa trompette, nous sort des sons d'une éternelle jeunesse, qui guérit tout.

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L'art de la glissade

Chet… L'homme qui chante en murmurant, mais avec une telle puissance discrète… Celui qui n'a pas peur de corriger la note tout du long qu'il la tient, comme on va chercher la fameuse blue note sur son instrument. Chet, celui qui peut tout tenter en terme de glissade, d'errance, de sinuosité bizarre, de voyage, pour la bonne et simple raison qu'il a d'abord dépassé, techniquement, les sommets.

Chet se serait suicidé en se défenestrant de sa chambre à l'hôtel Prins d'Amsterdam, le 13 mai 1988, quatre mois avant que le film ne soit terminé. Nous, on préfère l'autre version: celle qui dit qu'il avait perdu ses clés, et qu'il a voulu escalader la façade, ou passer par le balcon de la chambre d'à-côté. C'est plus romantique. C'est plus tragique. Ça laisse un peu plus de place à une sorte de grâce, de beauté… mélancolique. Cette chute, c'est encore un peu du jazz, en vérité.

Documentaire ***** "Let’s Get Lost" de Bruce Weber

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