La Wallonie ne vendra plus d'armes à l'armée de l'air saoudienne
Après une année 2018 record et 950 millions de ventes d'armes à l'étranger, dont 225 millions vers l'Arabie saoudite, la Wallonie a décidé de ne plus accorder de licence à l'armée de l'air saoudienne.
La vente d’armes reste un business lucratif pour la Wallonie et ses entreprises de l’armement comme John Cockerill (ex-CMI) ou la société à capitaux publics wallons FN Herstal. Pour s’en rendre compte, il suffit de plonger dans le dernier rapport annuel sur les licences d’exportation d’armes déposé par le ministre-président Elio Di Rupo (PS) au Parlement wallon cette semaine. Même si les chiffres portent sur l’année 2018, ce décalage reste un indicateur intéressant pour jauger l’activité du secteur.
Au-delà des précautions d’usage qui entourent ce commerce particulier, une conclusion s’impose:le business de l’armement ne s’est jamais aussi bien porté malgré qu’il soit souvent décrié quand les licences d'exportation touchent des zones sensibles du globe comme l'Arabie saoudite.
Près d'un milliard en 2018
En 2018, les montants liés aux licences octroyées par la Wallonie se chiffraient à 950 millions d'euros, soit une augmentation de 35% par rapport à 2017. La Wallonie enregistre là sa meilleure année en dix ans. En 2008, les ventes vers l’étranger pesaient 329 millions. Ce résultat se traduit par l’octroi de 1.319 licences d’exportation/de transfert et 3 licences refusées.
Si l’Union européenne reste le plus important marché pour le secteur wallon, l’Arabie saoudite est devenu son plus important client.
Si l’Union européenne reste le plus important marché pour le secteur wallon, l’Arabie saoudite est devenu son plus important client, et cela malgré les nombreuses critiques des organisations des droits de l'homme à l’égard de Riyad et de sa politique de répression au Yémen. Cela dit, du coté wallon, on se défend de toute imprudence en pointant le suivi des positions internationales dont la Position commune de l’Europe. En 2018, les contrats signés avec l’Arabie saoudite représentent 225 millions, contre 153 millions en 2017 et 33,5 millions en 2016. Derrière la monarchie sunnite, la Wallonie a vendu pour 154 millions de matériel à la France et 108 millions aux Etats-Unis.
Armée de l’air saoudienne vs Garde royale
Voilà pour 2018. Quant à 2019, les chiffres du premier semestre présentés par le ministre-président aux députés sont restés confidentiels. Mais au-delà de la tendance financière qui pourrait s'en dégager, la question de la continuité de la vente d’armes vers l’Arabie saoudite se posait à la suite du gel d’une série de licences par l’ancien ministre-président en septembre 2018 suite à une action judiciaire introduite par Amnesty International.
"Concernant les forces aériennes du ministère saoudien de la défense, il a décidé de ne pas accorder des licences."
Contacté, le cabinet d’Elio Di Rupo a accepté de répondre à cette délicate question de la vente d'armes vers l'Arabie saoudite. "Après diverses consultations et une analyse rigoureuse des dimensions géostratégiques, éthiques et économiques de plusieurs demandes de licences qui étaient en attente d’une décision depuis plusieurs mois, le ministre-président a pris deux décisions distinctes concernant l’octroi des licences à destination de l’Arabie saoudite", explique-t-on.
"Concernant les forces aériennes du ministère de la défense saoudien, il a décidé de ne pas accorder des licences." Le ministre-président indique par ailleurs qu'il "refuse tout octroi de licences vers le ministère de la défense saoudien" et se justifie par "le drame yéménite" et le rôle de l'armée de l'air dans le conflit. La Wallonie a malgré tout validé une série de licences.
"Concernant les licences à destination de la Garde royale et la Garde nationale du pays, il a jugé qu’il n’y avait pas d’arguments suffisants pour refuser leur octroi. Ces armes sont strictement destinées à protéger les membres de la famille royale (la Garde royale) et des sites religieux emblématiques ou à protéger le pays (la Garde nationale) à l’intérieur des frontières saoudiennes. Elles n’ont pas pour finalité à être utilisées au Yémen", argumente le cabinet du ministre-président.
4.400 emplois dans la balance
"4.400 personnes (2.200 directement et 2.200 indirectement - chez FN et CMI) dépendent très largement des marchés actuels vers l’Arabie saoudite."
Pour justifier cette double décision contrastée, Elio Di Rupo met dans la balance l’aspect humanitaire et le poids de l’emploi dans l’industrie de l’armement en Wallonie. "Les organisations syndicales et les chefs d’entreprises ont, quant à eux, mis en évidence l’ampleur du poids économique et social du secteur de l’armement pour l’économie et l’emploi en Wallonie. Le ministre-président s’est montré sensible à ces arguments surtout à un moment où la Wallonie a besoin d’entreprises qui se développent et d’un volume d’emplois beaucoup plus important. En effet, 4.400 personnes (2.200 directement et 2.200 indirectement - chez FN et CMI) dépendent très largement des marchés actuels vers l’Arabie saoudite. Une absence de décision aurait mis gravement en péril l’emploi de ces 4.400 travailleurs. "
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