Kevin Thozet (Carmignac): "Les actions américaines ne seront pas les seules gagnantes en 2025"
Selon Carmignac, les futures tensions sur le marché obligataire américain pourraient remettre en question la valorisation des actions cotées à Wall Street.
Les marchés obligataires pourraient mettre un terme à l’exceptionnalisme américain, et ainsi être le catalyseur d’une grande rotation régionale. Telle est la conviction de la société française de gestion d’actifs Carmignac pour l’année prochaine.
"À un moment donné, les investisseurs vont se poser des questions sur la valorisation des actions américaines."
Certes, Wall Street devrait continuer à surperformer le reste du monde au cours du premier semestre, portée par les mesures fiscales et budgétaires annoncées par Donald Trump lors de la campagne présidentielle (baisses d’imposition pour les entreprises, dérégulation, protectionnisme, etc.). Mais ces promesses sont de nature inflationniste, ce qui risque de provoquer des tensions sur le marché obligataire et accentuer la pentification de la courbe des taux aux États-Unis.
"À un moment donné, les investisseurs vont se poser des questions sur la valorisation des actions américaines. Est-ce qu’ils n’ont pas intérêt à acheter des obligations qui affichent un rendement de 5%-6%, plutôt que des actions?", prédit Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac.
Le retour en grâce des valeurs européennes?
Cette remise en question de la valorisation des valeurs américaines pourrait alors se traduire par des prises de bénéfices à Wall Street. Ainsi qu’un retour des investisseurs sur les marchés européens, alléchés par la perspective d’un euro plus faible (qui soutient les entreprises exportatrices) et des prévisions économiques potentiellement moins mauvaises que prévu.
Faut-il pour autant déjà anticiper cette rotation géographique et parier dès à présent sur l’Europe? Selon Kevin Thozet, il est "un peu trop tôt" pour miser sur l’ensemble des valeurs européennes en investissant dans un tracker qui réplique le MSCI Europe ou le Stoxx Europe 600. Pourquoi? "Parce qu’il y a beaucoup de valeurs bancaires dans les indices européens. Or la croissance économique en zone euro devrait stagner autour de 1% l’année prochaine. Ce n’est donc pas forcément le meilleur moment pour investir dans des secteurs sensibles au cycle économique", explique-t-il.
"Et puis, les taux directeurs de la Banque centrale européenne vont potentiellement baisser plus que prévu. Ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour les marges d’intérêt des banques." Les investisseurs doivent donc se montrer plus sélectifs et plus actifs dans la construction de leur portefeuille.
"En fait, il est possible de trouver en Europe des entreprises ou des segments de marché qui sont très porteurs à moyen/long terme, qui sont moins sensibles au cycle économique et dont les écarts de valorisation avec les États-Unis sont colossaux."
Miser sur les écarts de valorisation
Le stratégiste leur recommande ainsi de s’intéresser aux entreprises européennes qui ont des écarts de valorisation importants avec leurs rivales américaines, malgré des perspectives de croissance à peu près équivalentes. Il cite notamment les exemples français d’Airbus versus Boeing, ainsi que de Safran versus General Electric et d’Air Liquide versus Linde.
"En fait, il est possible de trouver en Europe des entreprises ou des segments de marché qui sont très porteurs à moyen/long terme, qui sont moins sensibles au cycle économique et dont les écarts de valorisation avec les États-Unis sont colossaux. Ce genre d’entreprises, les investisseurs peuvent déjà commencer à les mettre dans leur portefeuille."
Kevin Thozet pointe également le secteur de la transition énergétique en Europe. Lourdement sanctionné en bourse depuis la victoire de Donald Trump, ce segment devrait, d’après lui, continuer à bénéficier des tendances à l’électrification et à la numérisation dans les années à venir. "Faire une recherche avec ChatGPT demande beaucoup plus d’énergie qu'une recherche équivalente sur Google", relève-t-il. "Il faut donc trouver une importante source d’énergie. Et de préférence propre, car indépendamment de la volonté de la future administration américaine, les grands groupes comme Amazon, Meta ou Microsoft ont des exigences élevées en matière de réduction de CO2".
"L’Inde bénéficie aussi d’une croissance élevée à long terme, ainsi que de la volonté des Américains et des Européens de réduire leur dépendance à la Chine."
Investir dans les pays amis de Donald Trump
La rotation géographique ne se limitera pas à l’Europe, prévient toutefois Carmignac. Les marchés émergents – laissés de côté par les investisseurs au cours des derniers mois – devraient également profiter de la remise en question de la valorisation des actions américaines. En particulier, les pays "amis de Donald Trump".
"Je pense à l’Inde par exemple. Nous savons que le futur président américain et le premier ministre indien Narendra Modī entretiennent de très bonnes relations", rappelle Kevin Thozet. L’Inde bénéficie aussi d’une croissance élevée à long terme, ainsi que de la volonté des Américains et des Européens de réduire leur dépendance à la Chine".
Il évoque également des marchés "en dehors des sentiers battus" comme l’Équateur, le Salvador, l’Argentine ou encore la Turquie. Enfin, le stratégiste regarde du côté de la Bourse de Taïwan. "C’est un marché très dynamique qui s’est construit autour des entreprises tech américaines. Nous arrivons à trouver des sociétés de taille moyenne qui font des systèmes de rangement et de transport des semi-conducteurs. C’est une activité clé, car il y a un taux de perte énorme, entre 30% et 50%, dans ce secteur".
- Wall Street devrait continuer à surperformer le reste du monde au cours du premier semestre, portée par les mesures fiscales et budgétaires annoncées par Donald Trump.
- Mais "à un moment donné, les investisseurs vont se poser des questions sur la valorisation des actions américaines", dit Kevin Thozet, stratégiste chez Carmignac.
- Il recommande de s’intéresser aux entreprises européennes qui ont des écarts de valorisation importants avec leurs rivales américaines.
- Les marchés émergents devraient également profiter de la remise en question de la valorisation des actions américaines. En particulier, les pays "amis de Donald Trump".
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