Avec 24H01, la vague des "mooks" débarque en Belgique
Une vingtaine de titres se partagent le marché francophone des "mooks", ces revues à mi-chemin entre le magazine et le livre. Lancé aujourd'hui, 24H01, est le premier titre du genre en Belgique.
Ils portent des titres étranges - XXI, Schnock, Feuilleton, L'Impossible, Alibi, Muze, Desport, Long Cours… -, sont épais comme des annuaires (200 pages), coûtent le prix d'un roman (15 euros minimum), affichent un look décalé, sont vierges de publicité et privilégient des articles longs, le récit et la narration au service d'une lecture lente permettant prise de distance et réflexion.
A mi-chemin entre le format du magazine et celui du livre - d'où leur appellation de "mooks" (contraction des mots magazine et book) -, ces publications hybrides, qui trônent sur les tables basses et dans les bibliothèques d'un public plutôt intello branché tendance bobo, pullulent. Rien qu'en France, on en dénombre une vingtaine.
Lecture lente
D'où vient cet engouement? Sans doute du besoin de tout un chacun de pouvoir marquer un temps d'arrêt et de réflexion face au déluge d'informations qui s'accumule à un rythme effréné. Ces "mooks" sont un peu le contre-pied de l'info immédiate et brute générée par le Web et les réseaux sociaux.
Venu des Etats-Unis via des titres comme The New Yorker ou Harpers' Magazine, le mouvement a touché la France il y a cinq ans, incarné par XXI, devenu "la" référence en la matière. Il arrive à présent chez nous. Une équipe venue des mondes associatif, journalistique et artistique lance ce mercredi 24H01, le premier "mook" 100% belge, disponible dans des librairies comme Filigranes, Libris-Agora, Tropismes, Candide, etc. au prix de 17,50 euros.
Parmi les auteurs, quelques noms connus comme Jean-Luc Fonck et Juan d'Oultremont, de jeunes journalistes, des graphistes, des illustrateurs et des photographes, cornaqués par Nathalie Cobbaut, responsable de publications auprès de l'agence de presse Alter et enseignante en journalisme à l'Université Saint-Louis. "24H01 est née l'été dernier d'une réflexion d'Oliver Hauglustaine, le directeur de la publication, sur l'absence de titres comme XXI en Belgique, raconte cette dernière. Actif dans la coopération au développement et la communication, via la fondation Abeo, il a actionné ses réseaux pour lancer le projet avec en tête la volonté de créer une revue 100% belge, radicalement différente de ce qui existe sur le marché, privilégiant le reportage au long cours, la réflexion, l'illustration et le photo journalisme, le tout uniquement sur papier et sans publicité, comme gage d'indépendance."
Pour lancer le titre, ses concepteurs ont eu recours au crowdfunding (financement participatif) qui leur a permis de lever 10.000 euros, soit 3.000 de plus qu'espéré. "C'est la preuve qu'il y a de la place pour un tel projet de presse", se félicite Nathalie Cobbaut.
Bénévolat
Ils ont aussi obtenu un subside de 10.000 euros de la Fédération Wallonie Bruxelles et une aide sous forme de conseil et de collaboration rédactionnelle de l'Ecole de Journalisme de l'UCL. Mais ils ont surtout pu compter sur l'enthousiasme de leurs collaborateurs. "Tous, y compris l'imprimeur pour les mille premiers exemplaires, ont travaillé bénévolement sur ce premier numéro, explique la rédactrice en chef; cette situation ne pourra évidemment pas durer et nous devrons rémunérer nos auteurs de manière équitable, nous lançons donc un nouvel appel au crowdfunding."
Pour atteindre l'équilibre, 24H01 devrait se vendre de 3.000 à 3.500 exemplaires (soit environ l'équivalent des ventes de XXI en Belgique). De quoi sortir deux nouveaux numéros en 2014 et passer ensuite à une périodicité trimestrielle.
Le sommaire du premier numéro est à l'image du projet éditorial: éclectique et progressiste avec des enquêtes sur les marchands de sommeil, le quotidien des ouvriers d'Arcelor Mittal et l'obsolescence programmée; un reportage photo sur Bruxelles by night, un portrait David Van Reybrouck, l'auteur du best seller "Congo", une BD, des billets d'humeurs, le tout enrichi d'une maquette et de visuels de qualité.
Bref, un pari un peu fou aux antipodes du b-a-ba du marketing éditorial. Les concepteurs de 24H01 rêvent en tout cas de rééditer la success story de XXI dont ils ne cachent pas une certaine filiation.
Dès son premier numéro, celui-ci a en effet atteint la rentabilité et se vend aujourd'hui à quelque 50.000 exemplaires. "Le but n'est pas de faire du business, tempère Nathalie Cobbaut. Si profits il y a, ils seront entièrement réinvestis dans le développement du titre."
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