Des entreprises belges sommées par l'administration Trump d’en finir avec la diversité
Des entreprises belges ont reçu un courrier de l’administration américaine leur demandant de mettre un terme à leurs programmes internes de diversité, égalité et inclusion (DEI) si elles souhaitent le maintien de leurs contrats fédéraux aux États-Unis
La guerre politique de Donald Trump contre les politiques de diversité et d'inclusion dans les entreprises, on connaissait. Jusque-là, les offensives menées par le 47ᵉ président des États-Unis étaient cantonnées au territoire américain. Ce n'est plus le cas.
Une lettre révélée vendredi dernier par nos confrères de Les Echos, envoyée par l’ambassade américaine en France, enjoint des dizaines d’entreprises de l’hexagone à mettre un terme à "la discrimination positive" en leur sein. Concrètement, la missive les intime d'abandonner leurs programmes internes de diversité et d’inclusion, si elles souhaitent continuer à signer des contrats fédéraux outre-Atlantique. Et leur demande de répondre "dans les cinq jours".
Du côté d’Agoria, on confirme aussi que des entreprises du vaste secteur "technologique" ont reçu un courrier de l’ambassade des États-Unis [...].
Le même courrier qu'en France
Des entreprises belges ont-elles aussi reçu cette fameuse lettre, leur priant de mettre un terme à leurs politiques de diversité? Oui. "Je vous confirme que des entreprises belges ont bien reçu le courrier”, nous assure-t-on, en tout cas, du côté du ministère des Affaires étrangères.
Combien d’entreprises, exactement? "Aucune idée". Et "elles ne souhaitent pas communiquer, et veulent rester sous les radars". Idem chez AKT for Wallonia, qui après avoir sondé ses membres, confirme que des entreprises ont reçu la missive – sans les citer.
Du côté d’Agoria, on confirme aussi que des entreprises du vaste secteur "technologique" ont reçu un courrier de l’ambassade des États-Unis, une lettre "similaire à la version française".
Dans les entreprises, la discrétion est généralement de mise. "Je ne sais pas", nous dit-on, par exemple, chez AB InBev, en évoquant les nombreuses adresses postales du groupe. "Je pense que nous n'avons rien reçu, mais ne peux vous dire ni oui, ni non". "On vous revient", mais en réalité pas vraiment, nous ont promis plusieurs grandes entreprises.
"Je n’ai pas envie d’être lu par l’ambassadeur des États-Unis, dont les sensibilités sont sans doute alignées sur celles de Donald Trump."
La retenue des entreprises
Du côté de Sonaca, par exemple, on assure ne pas avoir reçu la lettre en question. "Nous ne sommes pas fournisseurs en direct de l'État américain, ce qui est peut-être une explication". En tant que contractant du gouvernement américain, Syensqo "a procédé à un examen juridique de ses politiques d'entreprise et confirme qu'elles sont conformes à la loi fédérale anti-discrimination en vigueur aux États-Unis", nous dit Perrine Marchal, Head of Media and Reputation chez Syensqo, avant de nous préciser que, "à ce jour, Syensqo n'a pas reçu de lettre".
Le groupe FN Browning, basé à Herstal, confirme également n'avoir rien reçu dans sa boîte aux lettres. Idem chez Solvay, Deme, Elia ou Jan De Nul, par exemple. "Nous n’avons rien reçu jusqu’à présent – ce qui ne veut pas dire que nous ne recevrons rien dans les jours ou semaines qui viennent", de ce que l'on nous répond chez UCB. L’Echo a joint une vingtaine d'entreprises, tous secteurs confondus. Sans mettre la main sur un seul destinataire avéré du courrier en question.
Plus interpellant, même parmi les entreprises qui nous assurent ne rien avoir reçu en provenance des États-Unis, certaines souhaitent parfois... ne pas être citées. "Je n’ai pas envie d’être lu par l’ambassadeur des États-Unis, dont les sensibilités sont sans doute alignées sur celles de Donald Trump", nous explique le dirigeant d’une grande entreprise, pour justifier sa discrétion.
"Nous vivons une époque qui part dans tous les sens, avec une intensité imprévisible, où la volatilité a désormais des limites floues. Une certaine retenue s’impose, ce n’est pas le moment de sortir du bois", nous dit un autre dirigeant, toujours sous couvert d’anonymat.
"Si des contrats venaient à être résiliés uniquement parce qu'une entreprise s’engage en faveur de la diversité et de l’inclusion, cela pourrait constituer une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques."
"Un pas en arrière"
Côté ministère des Affaires étrangères, on regrette "un pas en arrière" de la part des États-Unis, "un pays dont l’administration s’est par le passé engagée en tant que leader pour des valeurs partagées telles que la diversité". Le vice-premier ministre et chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot (Les Engagés), assure que "la Belgique ne fera pas marche arrière. Nous restons fermement attachés à nos valeurs. L’entrepreneuriat libre signifie aussi la liberté de recruter, soutenir et faire grandir les meilleurs talents. Ce principe, nous ne le lâcherons pas".
"Si des contrats venaient à être résiliés uniquement parce qu'une entreprise s’engage en faveur de la diversité et de l’inclusion, cela pourrait constituer une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques", avancent les Affaires étrangères dans un communiqué de presse.
Le ministère en question confirme avoir contacté l’ambassade américaine, mais "il n’y a pas de réaction à ce stade", nous indique-t-on. L’Echo aussi a tenté d’obtenir des réponses auprès de l’ambassade, sans succès à ce stade. Peut-être qu'eux aussi, se donnent un délai de cinq jours.
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L'echo Company Screener
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