Perspectives budgétaires tendues pour la RTBF
Le service audiovisuel public a terminé l'année 2021 sur une légère perte. En raison de l’inflation galopante, l’exercice en cours s’annonce tendu. Explications
Après une année 2020 fort impactée par la crise sanitaire, la RTBF a globalement sauvé les meubles en 2021. Elle a terminé le dernier exercice avec une légère perte de 1,9 million d’euros. C’est mieux que ce qu’elle avait budgété (- 5 millions).
En réalité, on pourrait même parler d’un bénéfice de 3,3 millions. Mais sa direction a décidé d’affecter, pour le seul exercice 2021, 5,3 millions d’euros à la réserve de déménagement (maintien temporaire du bâtiment Reyers suite au déménagement dans le nouveau bâtiment) qui sera utilisée en 2024 ou 2025. Sans cette mesure one shot, la RTBF aurait donc été dans le vert. Elle avait d’ailleurs effectué le même exercice un an plus tôt en affectant plus de 9 millions pour la numérisation de ses archives audiovisuelles.
L’ebitda a quant à lui retrouvé des couleurs passant de 13,3 à 15,1 millions d’euros. Il a été favorablement influencé par la hausse des recettes du groupe, à commencer par les revenus publicitaires, en hausse de 21% à 70,7 millions d’euros. C’est surtout le cas en télévision grâce à une reprise du marché plus solide que prévu et aux recettes liées aux grands événements sportifs (Euro de foot et JO).
Revenus en hausse
Au total, les revenus globaux de la RTBF ont progressé de 7,2% à 410,7 millions grâce donc à la pub, mais aussi à une croissance de la dotation comme prévu par le contrat de gestion (275,2 millions en hausse de 6,1 millions d’euros). "L’ebitda reste néanmoins inférieur à 20 millions pour garder notre niveau d'investissement", nuance l’administrateur général Jean-Paul Philippot pointant le bond de 10% des charges sur les salaires dû à l’indexation automatique et à la hausse des charges de pension, à la suppression de la pub sur la tranche matinale de La Première, à la deuxième tranche du plan Restart d’aide à la culture, etc.
"L’ebitda reste inférieur aux 20 millions nécessaires pour nous permettre de continuer à investir."
L’endettement est reparti à la hausse, même si, comme le fait remarquer le directeur financier Chris Vandervinne, "pendant quelques mois la RTBF n’a plus été endettée suite au remboursement d’une ancienne dette bancaire de 14 millions". Par après, elle a utilisé deux tiers du prêt de 60 millions de la BEI, destinée à financer la construction de Media Square, son nouveau bâtiment. "Notre trésorerie forte de 83 millions est entièrement réservée à ce projet", précise le CFO.
Prudence pour 2022
Pour l’exercice en cours, la RTBF a encore prévu une perte nette de 1,9 million. Un excès de prudence, alors que le marché pub ne donne pas de signe de faiblesse (malgré la guerre en Ukraine et l’inflation galopante qui pèse sur la consommation) et que 2022 est une année sportive avec en point d’orgue la Coupe du Monde de foot en novembre-décembre? "Elle ne générera pas autant de recettes que d’habitude, car à cette époque de l’année les écrans pubs sont remplis, il y aura plutôt un transfert de budgets publicitaires", indique Jean-Paul Philippot. "Sans compter que la suppression de la pub sur la matinale de La Première nous affectera pour la première fois sur une année complète, cela représente un manque à gagner de 3 millions", ajoute Chris Vandevinne.
Et puis, il y a la surchauffe inflationniste qui va affecter les achats de matériel et de services, les investissements et, surtout, doper la masse salariale d’environ 8% par le jeu de l’indexation, estime le CFO. "Pour une entreprise comme la nôtre qui produit beaucoup, cela a un énorme impact, notre masse salariale représente en effet 50% de nos coûts", s’inquiète Jean-Paul Philippot. À Reyers, on espère donc bien une adaptation de la dotation, ce qui permettrait de rester dans les clous de prévisions budgétaires et, donc, de limiter le déficit prévu.
La question du salaire de l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, a fait couler beaucoup d'encre par le passé. Elle est aujourd'hui très encadrée. Le rapport annuel de la RTBF indique qu'il a gagné l'an passé quelque 255.760 euros bruts auxquels il faudra ajouter 11.318 euros de rémunération variable en fonction de l'évaluation que doit encore réaliser le Comité des rémunérations. À noter que le directeur du pôle médias, Xavier Huberland, a touché davantage que son patron, soit 273.607 euros, dont 54.308 euros de rémunération variable. Les autres directeurs généraux et membres du comité exécutif ont gagné entre 193.000 et 257.000 euros. La directrice du pôle Contenus Sandrine Roustan a touché un peu plus de 140.000 euros, mais elle n'a pris ses fonctions que mi-juillet 2021.
Contrairement au groupe IPM (La Libre, la DH, LN24...) et à la régie Ads&Data, la RTBF et sa régie publicitaire RMB ont décidé de ne pas introduire de recours auprès de la Cour des marchés contre la décision de l'Autorité belge de la concurrence (ABC) d'autoriser le rachat de RTL Belgium par Rossel et DPG. Si les plaignants ne remettent pas en cause la vente de RTL, ils dénoncent l’absence de balises de la part de l’ABC suite à cette opération. "La situation est tendue avec les éditeurs de presse (dont Rossel, NDLR) mais nous préférons ne pas envenimer les choses, indique Jean-Paul Philippot. Nous pensons que nous sommes les seuls partenaires potentiels des éditeurs, nous avons une communauté d’intérêts, à commencer par la diversité du paysage médiatique." Rappelons que, alors que la RTBF s'apprête à négocier son nouveau contrat de gestion, les éditeurs ont dénoncé, notamment via une étude universitaire, l’offre de contenus écrits en ligne du service audiovisuel public qui menace, selon eux, la survie de la presse écrite.
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