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Comment Syensqo entend rebooster son cours de bourse

Après Bruxelles, la CEO de Syensqo, Ilham Kadri, va-t-elle sonner la cloche à la Bourse de New York? ©Kristof Vadino

Le chimiste Syensqo dit réfléchir à se rapprocher des investisseurs américains pour pallier sa décote en bourse. Mais les investisseurs restent focalisés sur ses perspectives prudentes.

Syensqo a décidé de prendre le taureau par les cornes. Lassé de voir son action traîner la patte depuis sa scission avec Solvay, le chimiste de spécialité

a annoncé jeudi matin, en marge de la publication de ses résultats annuels, envisager une seconde cotation à Wall Street, en plus de celle déjà effective à la Bourse de Bruxelles.

"Comme nous prévoyons qu'une grande partie de notre croissance et de nos investissements futurs se fera [aux États-Unis], il est logique pour nous d'envisager une cotation à Wall Street."

Ilham Kadri
CEO de Syensqo

"Comme nous prévoyons qu'une grande partie de notre croissance et de nos investissements futurs se fera [aux États-Unis], une région stratégiquement importante, il est logique pour nous d'envisager une cotation à Wall Street", explique la CEO Ilham Kadri dans un communiqué, pointant le potentiel d'élargir et de renforcer la base d'investisseurs dans sa société.

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Pour mémoire, les États-Unis représentent plus de 40% du chiffre d'affaires et des équipes de Syensqo, et plus de moitié de son empreinte industrielle. Le groupe n'a toutefois pas l'intention d'y déménager son siège social, qui se situe actuellement à Bruxelles.

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Rachat d'actions et cessions d'activités non stratégiques

Toujours pour soutenir son cours de bourse, qui affiche une perte de plus de 20% depuis décembre 2023, Syensqo a également annoncé la poursuite de son programme de rachat d'actions propres de 300 millions d'euros, qui a été lancé en novembre dernier. Une troisième tranche de 50 millions d'euros maximum a démarré ce jeudi et se poursuivra jusqu'au 27 juin 2025 au plus tard.

Le spécialiste des matériaux a, par ailleurs, évoqué la cession d'activités non stratégiques "afin de devenir une entreprise spécialisée encore plus ciblée". Après avoir décidé de vendre son activité "Pétrole & Gaz", qui a enregistré un chiffre d'affaires de 400 millions d'euros en 2024, il entend aussi faire de même avec son activité "Arômes" (300 millions d'euros).

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"Depuis plusieurs mois, nous soutenons qu’[une cotation à Wall Street] pourrait être l'un des leviers à actionner pour réduire la décote injustifiée de plus de 20% par rapport à ses pairs."

Frank Claassen
Analyste chez Degroof Petercam

Une décote "injustifiée" de plus de 20%

Les analystes ne sont pas du tout surpris par les différentes annonces de Syensqo puisqu’elles étaient largement attendues. La société est "clairement sous-valorisée", rappelle Wim Hoste de KBC Securities ("acheter").

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"Depuis plusieurs mois, nous soutenons qu’[une cotation à Wall Street] pourrait être l'un des leviers à actionner pour réduire la décote injustifiée de plus de 20% par rapport à ses pairs", abonde Frank Claassen de Degroof Petercam ("acheter"). Il évoque "une impatience croissante" des investisseurs.

Selon l’analyste, Syensqo dispose de plusieurs moyens potentiels afin d'accélérer le processus de revalorisation : 1) répondre aux attentes et atteindre les objectifs financiers ; 2) continuer à se concentrer sur la division "Materials" en vendant une partie de ses activités "Consumer & Resources" ; 3) poursuivre les rachats d'actions et 4) s'adresser à de nouvelles bases d'investisseurs, éventuellement via une cotation aux États-Unis.

Les récentes annonces montrent que "Syensqo progresse sur plusieurs de ces fronts", conclut Frank Claassen.

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Des perspectives trop prudentes pour 2025

La grande majorité des analystes pense que la double cotation à Wall Street va être accueillie favorablement par le marché. "Cela pourrait partiellement compenser le sentiment négatif sur les bénéfices à court terme", estime-t-on chez Citigroup ("neutre"). Mais du côté des investisseurs, le message ne passe pas: l'action Syensqo a perdu jusqu'à 11,68% à la Bourse de Bruxelles jeudi matin, signant sa pire performance en une séance depuis plus d'un an.

En réalité, les investisseurs restent focalisés sur les perspectives à court terme du groupe belge, qu'ils jugent trop conservatrices. Syensqo vise notamment une stabilisation de ses volumes en 2025 en raison d'"une incertitude macroéconomique impactant la demande qui persiste sur la plupart de [ses] marchés finaux". Problème, c'est justement la hausse de ses volumes qui avait permis de compenser la baisse de ses prix l'an dernier.

1,4
milliard d'euros
Syensqo table sur un Ebitda sous-jacent d'au moins 1,4 milliard d'euros, préférant désormais annoncer un objectif minimum plutôt qu'une fourchette.

Le groupe de chimie de spécialité table également sur un Ebitda sous-jacent d'au moins 1,4 milliard d'euros, préférant désormais annoncer un objectif minimum plutôt qu'une fourchette. Il prévient toutefois que "le premier trimestre 2025 devrait enregistrer la plus faible performance trimestrielle en matière d'ebitda", avec un résultat similaire à celui du quatrième trimestre 2024 (298 millions d'euros).

"Les prévisions sont clairement en deçà de nos attentes et celles du consensus", constate Frank Claassen. "La grève chez Boeing et une perte temporaire d'activité dans le secteur de l'électronique ont eu un impact plus important que prévu. Cela signifie que l'exercice 2025 sera chargé en fin d'année, alors qu'il existe une certaine incertitude macroéconomique, par exemple avec l'impact des tarifs douaniers américains."

Ilham Kadri (CEO de Syensqo): "Pour nous, c'est le bon moment d'envisager une cotation à Wall Street"

Pour sa première année hors du giron de Solvay, Syensqo a enregistré une baisse de 3% de son chiffre d’affaires et de 12% de son Ebitda sous-jacent. Faut-il y voir un faux départ?

Pas du tout. Au contraire, nous avons enregistré des résultats plutôt résilients alors que 2024 a été marquée par un contexte macroéconomique difficile, avec des tensions géopolitiques et une industrie où il n’y avait pas de volumes et des excès de capacité.

Pourtant, nous avons connu un retour de la croissance au quatrième trimestre avec une hausse organique de 5% de l’Ebitda, une forte génération de cash-flow et une augmentation de 2% de notre chiffre d'affaires. En outre, notre ratio d’endettement (1,3 fois) est le meilleur parmi nos pairs. Donc pour moi, le bilan est plutôt très positif.

Pour 2025, vous visez un Ebitda sous-jacent d'au moins 1,4 milliard d'euros. Soit un chiffre similaire à celui de 2024...

Pour 2024, nous avions donné une fourchette et cela n'a pas fonctionné parce que nous avons passé l'année à expliquer si nous visions plutôt le haut ou le bas de la fourchette. C'était une perte de temps.

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Donc ce que nous disons pour 2025, c'est que nous visons au minimum le niveau de l'année dernière. C'est tout. Et si le contexte change ou si nous faisons mieux que prévu, nous annoncerons de nouvelles prévisions. Je vous l'accorde, nous changeons de tactique et c'est peut-être un peu déroutant.

Vous avez annoncé envisager une cotation à Wall Street. Ce que préconisaient plusieurs analystes, qui estiment que Syensqo est sous-valorisé. Vous êtes d'accord avec eux?

Tout à fait. Je l'ai déjà dit de manière forte et claire. Quand vous comparez notre bilan et notre santé financière à nos pairs européens et américains, nous devrions obtenir un multiple de valorisation beaucoup plus élevé.

Mais une revalorisation dépend de notre performance opérationnelle. C'est sur quoi nous nous focalisons d'année en année, à savoir bâtir une société de croissance organique, qui va surperformer ses pairs.

Il faut savoir enfin que nous envisageons une cotation à Wall Street depuis un moment. Pourquoi l'annoncer aujourd'hui alors? Parce que nous sommes dans les dernières étapes de la scission avec Solvay. Et cette opportunité d'avoir notre propre système nous permet aussi de voir si nous souhaitons une nouvelle cotation. C'est pour nous le meilleur moment.

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