BlackRock sous le feu des critiques sur sa durabilité
Accusé par le fonds activiste Bluebell de ne pas en faire assez en termes d'investissement durable, le géant de la gestion d'actif doit aussi composer aux États-Unis avec une fronde d'élus républicains qui lui reprochent, au contraire, d'en faire trop.
La pression ne cesse décidément de monter autour de BlackRock et, plus singulièrement, de son patron Larry Fink. Déjà fortement critiqué ces derniers mois au sein de la classe politique américaine, le géant de la gestion d'actif est désormais sous le feu du fonds activiste britannique Bluebell Capital Partners qui lui reproche son inconsistance dans sa stratégie d'investissement durable. Ce petit actionnaire, qui ne détient qu'une très faible part de son capital, à savoir 0,01%, réclame ni plus ni moins la démission de Larry Fink en tant que CEO du groupe.
"Nous sommes de plus en plus préoccupés par le risque de réputation (y compris le risque de "greenwashing") auquel vous avez exposé la société de manière déraisonnable (...)."
Dans une lettre envoyée le mois dernier au conseil d'administration de BlackRock et rendue publique cette semaine, Bluebell épingle son "apparente hypocrisie" dans son positionnement en faveur des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), jugeant que le groupe n'en fait pas assez en la matière. "Nous sommes de plus en plus préoccupés par le risque de réputation (y compris le risque de "greenwashing") auquel vous avez exposé la société de manière déraisonnable, alimentant potentiellement un fossé entre le discours et la marche sur l'investissement ESG", écrit le fonds activiste.
Plaidoyer climatique
Il faut dire que le patron de BlackRock a présenté l'investissement durable comme son principal cheval de bataille. Un positionnement qui remonte au mois de janvier 2020, lorsque Larry Fink avait fait grand bruit en assimilant le risque climatique à un risque financier. "Le climat est devenu un facteur déterminant dans les perspectives à long terme des entreprises", avait-il déclaré dans sa lettre annuelle à l'attention des dirigeants des entreprises dans lesquelles le plus grand gestionnaire d'actifs de la planète a investi une partie des quelque 8.500 milliards de dollars qu'il gère aujourd'hui.
Un plaidoyer qui n'a cependant pas convaincu tout le monde, de nombreuses ONG pointant régulièrement du doigt les investissements que BlackRock poursuit encore dans les énergies fossiles. Avec l'éclatement de la guerre en Ukraine, Larry Fink a d'ailleurs lui-même justifié la nécessité de ces investissements pour garantir la sécurité énergétique, revenant en bonne partie sur ses engagements. Le groupe a également annoncé au mois de mai dernier qu'il ne soutiendrait pas la plupart des résolutions d'actionnaires sur le changement climatique cette année, les jugeant trop radicales.
Tirs croisés américains
Ce revirement n'a toutefois pas empêché à BlackRock de devoir faire face à un tout autre vent de contestation aux États-Unis, où plusieurs élus républicains lui reprochent au contraire d'en faire trop en matière d'investissement durable. Le gestionnaire d'actifs y est accusé depuis cet été de défendre une cause idéologique, voire politique, au détriment de la rentabilité. Cette fronde qualifiée d'"anti-woke" (contre le "politiquement correct") n'a cessé depuis l'été dernier de gagner en importance.
"La division du Trésor de Floride désinvestit de BlackRock, car ils ont ouvertement déclaré poursuivre d'autres objectifs que de générer du rendement."
Au point que l'État de Floride et son gouverneur Ron DeSantis ont annoncé la semaine dernière le retrait de 2 milliards de dollars d'investissements gérés par BlackRock pour le compte notamment de fonds de pension de cet État privilégié par les retraités américains. "La division du Trésor de Floride désinvestit de BlackRock, car ils ont ouvertement déclaré poursuivre d'autres objectifs que de générer du rendement", a déclaré à la presse le directeur financier de l'État, Jimmy Patronis.
L'initiative suit celle d'une vingtaine d'autres États américains, comme la Louisiane et le Missouri qui ont ensemble retiré plus d'un milliard de dollars cette année. Au Texas, le gestionnaire d'actifs s'est également vu placé sur une liste noire des acteurs accusés de boycotter l'industrie pétrolière locale.
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