Les (futurs) capitaines d'industrie toutes voiles dehors
La Course Croisière Edhec réunit plus de 1.700 étudiants en Bretagne autour de la voile pour le plus grand événement étudiant en Europe. Une équipe belge s'y distingue.
Après quelques semaines d'entraînement sur le vénérable cabinier Mer Gaspard VII, les sacs sont bouclés et entassés avec les bottes, cirés et autres gilets de sauvetage, l'équipage de l'Ulyc (University of Louvain Yacht Club) prend la route, direction Lorient. Les étudiants de Louvain-la-Neuve, provenant de différentes facultés mais tous chevilles ouvrières de ce club de voile, y prennent location de leur bateau pour une bonne semaine de régate et de course au large du port du Crouesty.
Du 4 au 9 avril, 180 bateaux se sont affrontés dans la baie de Quiberon pour la 54e édition de la Course Croisière de l'Edhec, une haute école de commerce française qui disposent de campus à Paris, Lille et Nice notamment. Le Trophée Mer et ses multiples régates, c'est le graal historique de cette compétition organisée par et pour des étudiants. Mais il se complète depuis quelques années d'une compétition multisports (Trophée Terre) et de nombreux tournois sur la plage (Trophée Sable).
Une organisation pharaonique pour de "simples" étudiants: un village "jour" d'accueil et de rencontre, un village "nuit" pour les after, chacun de 10.000 m², 1.700 participants sportifs provenant d'une centaine d'écoles dans 7 pays, plus de 10.000 visiteurs durant la semaine de compétition, jusqu'à 3.000 visiteurs et participants durant les week-ends, plus de 10.000 paniers repas distribués et 35.000 litres de bières!
Un budget de 1,6 million
"Pour les ports et les villages qui nous accueillent, voir débarquer 2.000 à 3.000 étudiants pendant une semaine hors saison, ça décoiffe un peu."
L'équipe d'organisation regroupe 50 personnes (25 en première année de l'Edhec et autant en deuxième) et travaille depuis deux ans sur ce projet. "D'autant qu'il fallait relancer tout le processus après l'annulation des deux dernières années", témoigne Solal Vallejo-Gomez, porte-parole de la CCE. Cette équipe porte le projet de bout en bout (un budget de plus de 1,6 million d'euros), depuis la négociation avec les ports d'accueil, chaque année différents, jusqu'à la logistique au jour le jour durant la semaine de régates. "La course a acquis une certaine réputation en plus de 50 ans et nous sommes encadrés et soutenus par des professionnels. Mais pour les ports et les villages qui nous accueillent, voir débarquer 2.000 à 3000 étudiants pendant une semaine hors saison, ça décoiffe un peu", reconnaît-il.
Pour l'Ulyc, ce n'est pas la première participation mais un retour après quelques années d'absence. "Le club s'y est déjà aligné à plusieurs reprises. La première fois, il y a plus de trente ans. Mais notre participation est assez irrégulière, cela dépend de l'envie de l'équipage. C'est tout de même un sérieux projet à mener", confie Guillaume Menu, Commodore de l'Ulyc.
Une logistique à mettre en place, des fonds à trouver pour financer la location d'un bateau, les frais d'inscription, etc. Et puis quelques séances d'entraînement sur le Mer Gaspard, le bateau du club, pour défendre ses chances dans les régates. Et les étudiants louvanistes n'ont pas démérité puisqu'au terme des régates (malheureusement amputées de deux jours de navigation en raison d'une tempête), ils figuraient à la 5e place du classement général et à la première des équipages 100% étudiants. Certains bateaux s'offrent en effet les services d'un skipper professionnel ou le propriétaire invite des étudiants à bord pour participer à la compétition.
Festif mais pas que
Juste une grande fête étudiante façon 24h vélo, cette course de l'Edhec? Festif certes, mais pas seulement. D'abord parce que l'on ne badine pas avec la sécurité, tant pour l'organisation générale qu'au sein des équipages. La mer ne tolère pas les erreurs ou l'inattention. Et puis parce que ce grand rassemblement d'étudiants provenant d'universités ou de grandes écoles est aussi un formidable vivier pour les recruteurs, qui ne s'en cachent d'ailleurs pas.
"Vu la population présente, c'est aussi effectivement une grande foire au recrutement informel et au marketing."
Nos lascars de l'Ulyc ont reçu le soutien de quelques sponsors comme la province du Brabant wallon, Energreen, Rubber Green, Bertinchamps ou Sonama. "Vu la population présente, c'est aussi effectivement une grande foire au recrutement informel et au marketing", témoigne Guillaume Menu. Un drink EY par-ci, des goodies par-là, les entreprises ne boudent pas l'occasion de cibler ce public de choix. Parmi les huit membres de l'équipe belge, on ne compte par exemple que de futurs ingénieurs, qu'ils soient bio-, civil, industriel, architecte, commercial ou du son.
L'événement est sponsorisé par un grand cabinet de consultance, des acteurs de la techno ou des fintechs, qui font tout pour attirer les futurs managers. L'organisation met d'ailleurs tout en place pour faciliter ces contacts entre étudiants et entreprises. Le Village de l'événement se présente comme le "premier forum de recrutement informel de France". Parce que la voile véhicule des valeurs qui ne font pas tache dans le monde de l'entreprise, comme la coordination, le travail en équipe, la gestion de tâches multiples, la concentration sur un objectif, l'entraide... Sans compter que tant pour les organisateurs que pour les participants, c'est un projet global qu'il a fallu gérer pour "arriver à bon port".
Rares sont les kots à projet, ces logements étudiants de l'UCLouvain qui abritent un projet social, à pouvoir arborer le qualificatif de Royal, décerné par le Palais pour une longévité de plus de 50 ans. L'Ulyc, pour University of Louvain Yacht Club, doit même être le seul. Né à Louvain (Leuven) en 1964, le club de voile a établi ensuite son port d'attache à Woluwe dans les années 70 avant de s'amarrer définitivement à Louvain-la-Neuve.
Comment expliquer une telle longévité pour un club étudiant? "Le club s'est érigé en ASBL bien avant de devenir un kot à projet. Nous avons donc un conseil d'administration qui nous aide à gérer le patrimoine et des anciens qui continuent à s'investir", explique Guillaume Menu, Commodore actuel de l'Ulyc. "Et puis nous veillons à renouveler chaque année une partie de l'équipe pour ne pas avoir de rupture brusque. Ce qui permet de transmettre le savoir et les procédures."
L'objectif du club, confirmé par celui du kot à projet (KàP), est de faire découvrir la voile au plus grand nombre. L'Ulyc dispose pour cela de sa propre flotte de dériveurs et d'un cabinier de 35 pieds. "Et c'est aussi ce qui explique la pérennité. Nous trouvons notre public d'année en année." Le statut de KàP lui octroie par ailleurs le soutien logistique de l'UCLouvain et une certaine visibilité sur le campus.
Animé par une équipe d'une douzaine d'étudiants, l'Ulyc propose des cours de voile à Louvain-la-Neuve, mais aussi des week-ends dériveurs en Zélande deux fois par an et des sorties en mer tous les week-ends sur le Mer Gaspard VII, le cabinier de 35 pieds de l'Ulyc, basé à Nieuport. Le bateau cabote également durant tout l'été du nord au sud de la Bretagne pour des stages d'une semaine. Toutes ces activités, et quelques soirées festives ou des conférences de navigateurs, permettent de financer l'entretien des bateaux. "Sur l'année, le club est financièrement autosuffisant, même si toutes les activités ne sont pas à l'équilibre. Mais cela permet de maintenir des prix accessibles", fait remarquer Menu.
- Une semaine durant, les étudiants d'une centaine d'universités se sont affrontés dans des régates et diverses compétitions sportives dans la Baie de Quiberon.
- La 54e Course croisière de l'Edhec est aussi une grande foire au recrutement et au marketing vers un public cible.
- Une équipe belge de Louvain-la-Neuve s'y est distinguée.
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