Du pain et du low cost
La grève transnationale chez Ryanair est une première sur notre continent. Elle cloue des milliers de vacanciers au sol, mais elle pourrait aussi inspirer la feuille de route d'une Europe plus sociale.
Pour la première fois, des travailleurs européens de pays différents font grève pour obtenir des droits sociaux. De Belgique en Irlande, en passant par l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas, les pilotes de Ryanair se sont coordonnés pour contester à leur patron le droit de poursuivre sur la route du moins-disant social. Il est trop tôt pour dire si ce mouvement fera date, mais moins d’un an après le lancement en grande pompe du "Socle européen des droits sociaux", il marque déjà bien plus les esprits que cette coquille vide que l’Europe pourrait, si ses États en ont la volonté, remplir progressivement.
Les vacances pour rien, il faut bien que quelqu’un les paie.
L’Europe sera sociale ou ne sera pas, clame Jean-Claude Juncker depuis qu’il a pris les commandes du Berlaymont. Alors pourquoi se montre-t-elle si discrète à soutenir les travailleurs de Ryanair?, interrogent les syndicats. Peut-être parce qu’à part dire pompeusement qu’elle soutient le dialogue social, la Commission – et sa commissaire aux Affaires sociales Marianne Thyssen – est largement impuissante.
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Mais la coordination des syndicalistes n’est bien sûr pas la seule raison pour laquelle cette grève marque les esprits. Quelque 400 vols annulés au cœur de l’été, ce sont des milliers de vacanciers déconfits. Et si l’Europe a peu de cartes à faire valoir en matière de droits sociaux, elle peut se flatter d’avoir harmonisé les droits des passagers aériens: ici, l’Europe "qui protège" peut se dresser fièrement pour prendre les voyageurs sous son aile.
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Au fond, le cas Ryanair résume bien l’état d’esprit de l’époque: donnez aux Européens du pain et du low cost, ils seront heureux. Des emplois locaux, des vacances pour rien, que demande le peuple? D’une certaine manière, la crise sociale qui sévit dans cette entreprise souligne les périls du modèle européen. Les vacances pour rien, il faut bien que quelqu’un les paie – tant pis s’il faut pour ça renier la recherche de l’épanouissement des travailleurs? Et on ajoute: tant pis si on remet sous le tapis l’enjeu vital qui se pose à notre génération, empêcher la Terre de se transformer en étuve? Ryanair, c’est un peu l’Europe face à ses contradictions.
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